Pyr’Epic 2018, mon pèlerinage à moi!

Cette année on se sera concentré sur l’essentiel, mettre de côté les enduros locaux qui s’apparentent de plus en plus à des marches gourmandes (et je sais que là je ne vais pas me faire des amis) et sélectionner une course en vélo de montagne qui mérite le déplacement pour en faire mon objectif de l’année. Sur les conseils de Paul Humbert (Vojomag) et après une participation plutôt réussie au Radon Epic Enduro, on reste dans les courses épiques pour tenter sans trop savoir ce que c’est, la Pyr’Epic de Lourdes…

Mieux vaut être bien décidé à l’avance car les inscriptions se font en décembre pour début septembre de l’année qui suit, et les 350 places partent en 2h!!! Je vous l’accorde, il faut être passionné pour lâcher 300 euros d’inscription sans avoir trop d’infos sur la course et se dire que dans 1 an, à telle date je serai dispo pour aller à Lourdes, soit à l’autre bout de la France.

La Pyr’Epic qu’est ce que c’est?

Une course de vélo en haute montagne, dans les Pyrénées, au départ de Lourdes, en itinérance sur 2 jours. Tout est compris, repas, nuits d’hotel du vendredi soir au dimanche fin d’après midi. C’est une épreuve dite « all mountain », car l’intégralité de l’itinéraire Pic du Midi-Lourdes est chronométrée.

– Etape 1 (samedi) : Pic du Midi à Cauterets village, 55km 1950d+ 3950d-, départ individuel toutes les 20 secondes
– Etape 2 (dimanche) : Cauterets sommet station à Lourdes, 57km 2450d+ 4300d-, départ individuel toutes les 20 secondes suivant classement de l’étape 1
– Etape 3 (dimanche) : Sommet Pic du Jer à Lourdes, 8km 200d+ 750d-, départ suivant ordre et écart d’arrivée étape 2

Ce qui nous attend

Au total 125km 4600d+ 9000d-. Les remontées mécaniques du Pic du Midi, de Cauterets et du Pic du Jer seront empruntées pour se rendre au départ des étapes.

Plutôt appétissant! « All mountain », 9000 de d-, quelque chose me dit que ça devrait être plutôt engagé et technique. Ca me fera mon cadeau de Noel, de plus elle n’a lieu que tous les 2 ans, je n’hésiterais pas d’avantage c’est l’occasion de découvrir les Pyrénées et voir ce que je vaux sur ce format de course.

Après une saison plutôt calme, difficile de se mettre en condition de course.

9 mois et demi plus tard, nous y voici, après une préparation hivernale avortée pour potentiellement une seconde participation à l’Epic Enduro, et l’enduro de Munster en avril, autant dire que je ne suis pas préparé plus que ça et que les sorties à plus de 2000m de D+ se compte sur les doigts d’une seule main! Septembre est arrivé vite et j’ai préféré me consacrer à du repos et soigner quelques petits maux, lumbago en avril, retour de tendinite au poplité, bref pas trop ça le physique cette année, dommage pour une course tant attendue.

Quelques jours avant l’épreuve, j’ai tout de même la chance de me sentir en grande forme.

Mes objectifs?

En prendre plein les yeux, découvrir cette région que je ne connais pas, prendre du plaisir en me sentant un poil compétitif dans les descentes comme dans les montées! Etant un format de course nouveau pour moi (intégralité chronométrée), le milieu de classement ne serait pas une catastrophe, mais comme je suis assez exigent avec moi même on va tenter de se rapprocher des 70 premiers, un top 100 est toujours une très bonne performance pour moi. Je sais que j’aurai un avantage dans les descente avec mon vélo d’enduro, par contre dans les montées, même si dans les disciplines d’enduro je sors du lot, je sais que sur 2000 et 2600 de d+ il va falloir que je limite la casse, il y aura sans doute des coureurs beaucoup plus léger que moi.

Une organisation bien ficelée

En arrivant à Lourdes le vendredi en début d’après midi, on sent tout de suite que l’organisation de Lourdes VTT est très sérieuse et qu’ils ont pensé à tout. Le matériel obligatoire est vérifié pour chaque coureur et ils insistent bien en nous disant que la haut il fera bien froid. C’est rassurant quand on a traversé la France de sentir que la course est très encadrée. Beaucoup de bénévoles, tous aussi accueillants, chacun à son poste et toutes les étapes du retrait du dossard se font rapidement. Les moyens mis en place sont impressionnants, le chargement des vélos dans les semis remorques, 2 grands hotels réquisitionnés.

5 semis remorques pour 319 vélos!!!

Après avoir pris soin de bien vérifier ma valise et le sac à dos pour les 2 jours de course, je m’installe dans ma chambre. Rdv pour la rencontre très intéressante de Max Commencal, tout est tellement bien orchestré qu’il me reste même du temps pour la visite de la ville.

Difficile d’imaginer que le divin s’est manifesté ici, pourtant Lourdes attire 6 millions de visiteurs chaque année venus du monde entier. Faisant d’elle la 2e ville hotelière de France.

Retour à la chambre, il n’y a toujours que mes affaires, cool je vais pouvoir bien dormir sans me soucier des autres. Ce n’est pas négligeable puisque le réveil est programmé à 3h45 pour le petit déjeuner de 4h15!!!

Lors du repas, je me retrouve à une table de coureurs inscris comme moi en solo. Très intéressant de voir autant de profils différents, chacun se présente et parle de sa pratique. Beaucoup d’espagnols, de locaux qui connaissent un peu les trails d’ici, du vélo électrique, du semi rigide en 120 de débattement, des enduristes, des crosseux, ca va être intéressant de voir tout ce petit monde sur les sentiers demain. On parle des spots aux alentours, Ainsa, Bruniquel reviennent beaucoup. On ne traine pas trop car il va falloir se lever tôt pour retrouver nos vélos déposés au Pic du Midi en fin d’après midi.

Pic du Midi-Cauterets 55km 1950 D+ 3900 D-
Profil Jour 1

Réveil à 3h45! Ouille! On commence toujours avec le même rituel d’avant course, une bonne douche. On prépare le sac à dos minutieusement, avec un maillot manche courte à l’intérieur pour cet après midi et les lunettes de soleil. Pour le départ, ils ont annoncé 5 degrés et pas de pluie de tout le week end, on partira avec un manche longue et le softshell sur le dos accompagné du masque pour ne pas pleurer face au vent dans la première descente de 1500m de D-.

Après le petit déj, on charge la valise dans les 7 tonnes de bagages des autres concurrents! Je croise Laurent, un vététiste rencontré lors de mon voyage aux Etats Unis il y a 5 ans, polyvalent et d’un très bon niveau, qui s’adapte très bien au style all mountain. 5h, me voici déjà dans un des 7 bus qui va nous emmener à La Mongie pour le téléphérique. On commence à être inquiet, du crachin sur le pare brise du bus, du brouillard, on ne voit rien, le spectacle risque d’être gaché. Après un peu plus d’1 heure de bus on arrive à La Mongie pour le briefing accompagné de nouveau d’un petit déjeuner, je ne prendrais qu’un thé pour ne pas m’encombrer l’estomac.

5h du mat, seuls 320 pilotes dans les rues de Lourdes.

Là il nous faudra un peu de patience pour monter à bord du premier téléphérique. Il fait très froid à cet instant. Premier téléphérique, la magie opère, nous transperçons ce brouillard épais et sombre pour découvrir un paysage montagnard lumineux, le spectacle est grandiose, comme ci nous venions de grimper au 1er étage de la Terre pour découvrir un monde caché au dessus des nuages. 2e téléphérique pour arriver au Pic du Midi 2876m et découvrir les 319 vélos rangés en épi par ordre des plaques. Cela montre bien le soin apporté à notre matériel par Lourdes VTT.

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On profite un peu du paysage avant de franchir la ligne de départ car après ca sera une autre histoire.

A l’étage supérieur de la Terre

L’organisation nous a bien briefé sur le départ, « attention aux premiers 500m de descente, soyez vigilent et partez à votre rythme ». J’observe les départs devant moi sur la piste en contre bas, quelques chutes, des coureurs qui descendent à pied, je ne note rien de dangereux, peut être que le message ne s’adressait pas à l’enduriste que je suis, habitué aux sentiers bien sauvages… 55 km pour aujourd’hui, objectif, les faire en 5h30 pour être dans ma moyenne habituelle.

Pic du Midi-Barèges. A priori, rien de difficile, on se laisse descendre.

9h, c’est le départ, à froid je ne m’élance jamais au taquet, confiant, à un rythme correcte, je me sens observé par tous les mecs qui font la queue, je franchis le passage rendu étroit par un rocher, là où beaucoup semblaient hésitants, puis je me fais surprendre dans l’épingle qui suit dans laquelle le pierrier me fait perdre toute maîtrise. « Ah ouais! les pierriers ici sont violents, pas comme chez nous ». L’avant de mon vélo se fait la malle avec une pierre qui roule, je me relève aussitôt sous les yeux de tout le monde, sur le moment tout est ok mais je sens bien que j’ai pris un coup sur tout le côté droit, côté de la cuisse et bras. Je découvre également la gaine de ma tige de selle arrachée, là ca craint. Je ne perds pas plus de temps, j’emmanche rapidement la gaine dans la commande (avec un peu de chance il me reste suffisamment d’huile dans le circuit). On va faire cette grosse descente pour gagner du temps et on verra par la suite l’ampleur des dégâts. Dur de reprendre confiance après ca, surtout que je me fais surprendre de nouveau dans un pierrier, cette fois je descends de vélo. Je rattrape tant bien que mal le gars que j’avais laissé passé dans ma chute, il roule bien le gaillard en semi rigide, la honte pour moi je ne vais pas beaucoup plus vite que lui, ca m’annonce un peu le niveau des concurrents engagés sur cette course. Je l’entends se marrer lorsqu’un lama dévale la pente pour me barrer le chemin, « t’as failli te taper un lama mdr ». Je contourne les 2 lamas au pas pour ne pas les effrayer (consignes du briefing), ils prennent toute la largeur du chemin et pour le coup je ne les ai vraiment pas effrayé. Bon! La course démarre bien, que me réserve la suite? Je rattrape le premier groupe de coureurs, ils sont une dizaine, sur un mono trace, impossible de doubler, ils se trainent et c’est maintenant que je dois gagner du temps, moi et mon nouvel acolyte restons 10 bonnes minutes derrière ce peloton. Je commence à bouillir! Visiblement il va falloir se faire entendre, « pardon!!! j’aimerais passer!! nous sommes 2 ». J’annonce également mon acolyte qui je l’admet mérite bien de rester dans ma roue. Les dépassements ont été chaotique, les mecs ne nous facilitent pas trop la tache, sans doute un peu trop obnubilés par les obstacles à éviter.

Premier cap franchi, pas suffisamment rapidement à mon gout, le mono trace à travers les prairies, bordé de bruyères était magnifique mais très piégeur avec les ornières et les pierres dissimulées dans l’herbe, difficile de lâcher les freins, surtout après cette chute.

Première montée, le mec derrière moi enquille, j’appuie sur ma commande de tige de selle et là, aucune surprise la commande est molle, le circuit s’est vidé dans ma chute et ma tige de selle ne remonte plus. On ne peut pas rêver mieux comme départ pour 2 jours de course. La réflexion par temps de course est très rapide, même si la tige de selle télescopique est indispensable, impensable pour moi d’abandonner. On va galérer aujourd’hui c’est certain, je vais me retrouver dans le fond du classement, mais un mécano nous attend à l’étape de ce soir, il va sans doute pouvoir me réparer ça et la course démarrera demain pour moi. Dans l’espoir  de réparer, j’éviterai de monter descendre manuellement le corps de ma tige avec le risque d’arracher ma gaine à l’intérieur du cadre. Tant pis on y va comme ça, pédalage en danseuse et en position basse, ça fera un bon entrainement « résistance à l’acide lactique », en espérant qu’il y aura de nombreux portages.

Je ne laisse plus de place à la réflexion, je reste concentré sur une seule chose, limiter les dégâts dans les montées, ne pas m’éterniser sur les ravitaillements. Première montée sur la route, le mental gonflé à bloc, j’engloutis ces premiers 100m de D+ en bonne partie en danseuse sans relâche, un concurrent en me doublant me donne même le conseil de monter ma selle. « Ah qu’il est drôle celui là ».

Petite descente de 300m de D- en succession d’épingle en sous bois avant d’arriver sur Barèges, là j’ai repris confiance en descente, j’ai d’ailleurs doublé pas mal de concurrents dans les intérieurs.

Barèges-Cauterets. Les choses sérieuses vont commencer

S’en suit une longue portion plane en balcon, ici commence ma vraie galère, j’alterne pédalage en position basse et danseuse, je ne lâche rien, mais je perds énormément de temps avec ce faut rythme, repos-relance-repos-relance. Je double, je laisse passer etc. Les mecs doivent se dire « quel relou celui là ». Du plat, de courtes descentes pour passer gentiment de 1200m à 750m. Une montée sur route jusqu’à 980m sur laquelle je ne lâche rien, principalement en danseuse, jusqu’ici j’en ai encore dans les cuisses et dépose tous les mecs dans la montée. Intérieurement je suis dans le rouge depuis qu’il faut pédaler, les cuisses me brulent depuis Tournaboup, et mon rythme cardiaque ne doit descendre que très peu en zone aérobie. J’arrive sur un sentier légèrement descendant, je reprends un peu mon souffle, un groupe d’enduristes me passe devant pour ensuite me ralentir dans la descente, je suis coincé derrière je peste seul dans mon coin car c’est ici que je dois gagner du temps.

Nous arrivons au ravitaillement. Je sais qu’il me reste maintenant un gros morceau, une ascension de 1000 m sans selle… Allez courage, après ça j’ai fait le plus dur. Les 1000 m ne sont pas à mon avantage, la selle m’handicape, tout devrait se faire en pédalage. Mes cuisses vont exploser avec l’accumulation d’acide lactique. Impossible de continuer comme je faisais sur le vélo. Je fais l’intégralité en courant ou en marchant à grandes enjambées à côté du vélo. Je m’aperçois à cet instant que je dois avoir un bel hématome à la cuisse droite, bien douloureux dans la marche à pied, tant pis on va faire avec. Je perds ici beaucoup de temps, mais je garde le sourire en doublant quelques vélos grâce à mes grandes guiboles!Je me mets à leur place, ça doit être rageant de se faire doubler par un coureur, à pied…

Cabane du Boussu 1600m, l’objectif est devant nous, la crête à 2000m!

Dans la douleur, mais me voici au Col de Riou à 1949m pour l’ultime descente. Le moral remonte, c’est la fin de mon calvaire. Même si finalement très peu de coureurs m’ont doublé dans cette ascension, j’ai du perdre pas mal de temps sur les premiers.

Encore un ravitaillement qui me permet de sortir de la zone rouge. J’effectue une très belle dernière descente sur de la terre grise, très rapide, des épingles, quelques sauts sur des pierres plates dans une partie exposée et globalement roulante avant de plonger en sous bois pour une section très éprouvante pour les bras, car technique et engagée, ça devient de plus en plus dur de ralentir le vélo, ici les plaquettes ont morflé.

A 830m, une dernière liaison de 100m de D+ sur piste cyclable que j’avais sous estimée me parait interminable avant de regagner l’arrivée à Cauterets. Un dernier effort pour doubler un dernier concurrent. Je termine cette première étape en 5h20 à la 120e place hors VTTAE, félicité par un team mate Lapierre avec qui j’ai bataillé toute la journée et que j’ai sans doute du embêter avec mon faux rythme. Satisfait, j’ai limité la casse, cela signifie que je peux gagner encore de nombreuses places avec une tige de selle!

Ni une ni deux je me dirige vers le mécano de la course où la file d’attente est longue pour beaucoup de bidouilles, un disque voilé, un changement de rayon, un changement de câble de dérailleur… J’attends une bonne heure et demi, beaucoup de monde me passe devant, j’en profite pour manger et m’étirer. Une poche de glace sur ma cuisse serait la bienvenue. Quand vient mon tour, le mécano me dit qu’il n’a pas la pièce ni le kit de purge. Le bad… Ok, je sais maintenant ce qui m’attend demain, une 2e journée de galère. Je nettoie les plongeurs et huile la chaîne pour demain, je n’ose pas en faire d’avantage de peur d’avoir de nouvelles surprises demain matin. Pour la tige de selle, tant pis pour la gaine interne, on essayera de la monter et de la descendre en forçant dessus manuellement, on verra ça demain pendant la course je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ça maintenant. Je dépose le vélo et récupère ma valise pour profiter de mon après midi. Petite visite de Cauterets, village très mignon, et petit moment de détente dans l’espace spa de l’hôtel pour essayer de relâcher les muscles.

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Rdv 19h30 pour l’apéro et le repas avec les coureurs. J’arrive à 19h45, la file d’attente n’avance pas, les portions sont ridicules et je m’assois sur ma bière car la machine ne fonctionne plus… Je ne perds pas d’avantage mon temps et file manger dans une petite brasserie du village, sans remettre en cause l’organisation de l’évènement qui aura été parfaite jusque là, c’est juste une mauvaise journée pour moi. Heureusement que je suis encore seul dans ma chambre ce soir car je ne suis pas d’humeur…

Cauterets-Lourdes 61km 2300 D+ 4200 D-
Profil Jour 2

Après avoir bien bien profité de cette nuit un peu plus longue que la précédente, une petite douche pour se réveiller comme d’hab, la journée d’hier oubliée, rdv à 5h30 en bas de la station (5min à pied de l’hôtel) pour un petit déjeuner en plein air. C’est toujours très matinal mais c’est tellement magique de voir le soleil se lever en haut des montagnes. Après l’incontournable échange valise contre vélo, petite inquiétude devant le téléphérique, les pilotes sont tous agglutinés devant et s’empressent de monter malgré l’ordre de classement. Comme à mon habitude je laisse passer les plus pressés, sauf que l’heure de départ approche. Les pilotes dans le même cas que moi s’inquiètent également.

Le réveil est difficile mais le spectacle grandiose! Derrière nous le Pic du Midi et le chemin parcouru.

Après une 2e ascension en télésiège (sur lequel on ressens bien les 5 degrés), c’est bon, il restera suffisamment de temps pour réorganiser l’ordre des départs, mais je ne serais resté tout de même que 10 minutes à contempler le paysage.

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On regarde un peu les premiers mètres pour éviter de faire comme hier, je n’ai toujours pas touché ma tige de selle, je me réserve la surprise après cette première descente. Je salue mon team mate Lapierre, qui se trouve 2 places derrière moi, je sens qu’on va encore rouler ensemble aujourd’hui, il va falloir se parler quand je serai plus ou moins rapide.

Je profite du paysage pendant que je peux!

Départ à 2303m, cela commence par une petite section de pédalage, je suis déjà dans le rouge à rester en danseuse. Je ne me fais pas d’illusions, le profil d’aujourd’hui est d’avantage en dents de scie, la tige de selle est obligatoire. Même si je vais continuer de me donner à fond, je pense que je vais plonger dans le classement.

Cauterets-Estaing Il va falloir envoyer du lourd

J’entame la première grosse descente dans l’herbe, très engagée, difficile de bien distinguer le chemin, j’effectue pas mal de coupes sans le vouloir, je m’enflamme, l’herbe est très glissante et je m’offre un joli 270° dans un virage à seulement 90°!!! On va se calmer Hervé, ce n’est que le départ de la 2e journée. On se remet dans le sens de la marche, je reprends confiance petit à petit et continue mes nombreux dépassements sur cette descente très sympathique en pleine prairie. Parti dans l’ordre du classement de la veille, les gars sont d’avantage expérimentés et savent beaucoup mieux gérer les dépassements, c’est beaucoup plus agréable. J’arrive en sous bois et me fais plaisir en me lançant dans des franchissements de rochers et en effectuant un peu de pompage dans les pierriers, je laisse ainsi les trajectoires faciles aux semi rigides.

Arrivé au camping d’Estaing à 970m, je suis content de ma première descente. On sent tout de suite la différence entre les vosges et la haute montagne, les descentes sont beaucoup plus abruptes, on prend très vite de la vitesse, il est donc très important de mettre des plaquettes neuves et d’effectuer une bonne purge pour ce genre de course, les freins sont sollicités en permanence et il est très difficile de stopper le vélo, je teste encore là la bonne fiabilité de mes XTR qui ne montrent aucune faiblesse.

Estaing-Ouzous. Il va falloir mémoriser à quels moments monter-descendre la selle.

Une montée s’annonce, je m’arrête pour tirer le corps de ma tige de selle, super ça marche c’est suffisamment haut, par contre je m’aperçois qu’il n’y a plus suffisamment de prise, du coup elle descend ou tourne légèrement avec les vibrations, mais ça me permet déjà de me reposer les cuisses. Je sens déjà la fatigue d’hier, j’ai laissé beaucoup de force cela me fait peur.

Col de Bordères 1173m, je me fais surprendre par le début de la descente très engagé, je précipite mon corps derrière la selle avant de m’arrêter pour descendre ma selle et gêner le pilote derrière moi. Je repars devant lui en vitesse tout en sachant que je vais le semer. Ca ne va pas être de la tarte aujourd’hui, il va y avoir beaucoup de choses à gérer. On remonte encore la selle pour arriver à 824m par la route, avant d’engager la première grosse montée au Col de Couret 1350m. Je sens les efforts d’hier, même si j’arrive à doubler de nouveau les pilotes laissés passés pendant ma manoeuvre de tige de selle, je ne roule pas à mon rythme, mes jambes sont lourdes.

Après le ravitaillement, nous avons droit à une longue portion de pédalage assez technique avec de nombreux coups de cul où une fois encore une tige de selle serait la bienvenue. Maintenant à Soumassère à 1308m, je prends mon pied dans le fameux MTR, une piste dédiée au vtt réalisée à la perfection, dans laquelle les sauts sont finalement très ludiques. Enfin je lâche les freins et je me laisse bercer par la piste. Après ça, arrive l’ascension au Mont de Gez, de 940m à 1097m, alternance de portage pédalage, ayant laissé ma tige de selle enfoncée pour gagner du temps, je passe mon temps à doubler dans les portages et laisser passer dans le pédalage 2 crosseux. On se sera échangé les places pas mal de fois. Je me fais violence pour passer devant eux juste avant la descente pour éviter d’être ralenti dans cette dernière. J’ai bien fait car la descente vers le village d’Ouzous 500m est un régal, j’arrive même à maintenir derrière moi un mec qui venait me taquiner. Je viens de faire le plein d’adrénaline, cette descente était mon top 1 du week-end. Je retrouve encore mon team mate Lapierre! Des drapeaux de balisage ont été déplacé, nous nous concertons avec de nombreux pilotes pour choisir le bon chemin, belle solidarité!

Ouzous-Lourdes. Même combat.

Je dois encore surement laisser filer un peu de temps lors du ravitaillement, le temps de remplir ma poche à eau et de mettre ma petite crème solaire avant de m’élancer pour le gros morceau de la journée, l’ascension au Pic du Pibeste 1348m comprenant 750m de portage. Même si mon hématome et le poids de mon vélo m’handicapent, j’ai ici un gros coup à jouer. Je m’efforce de ne faire aucune pause et double pas mal de coureurs en difficulté. Dans le portage, certes il faut la technique pour ne pas se faire mal, mais le plus gros se joue au mental. J’emmène avec moi mon acolyte lors du passage de lamas (vous vous souvenez? en tout cas lui se souvient de moi!!). Il fait de moi son lièvre, ça permet de se motiver mutuellement, dans le même but on chambre gentiment les autres coureurs, histoire de motiver le peloton quand il y en a un. Drôle de le voir se retrouver là à ce stade de la course. Arrivés en haut, alors que je baisse ma selle et souffle un peu, lui enchaîne, je comprends maintenant là où je perds du temps. Par la suite je suis largement handicapé car s’en suit du pédalage bien technique sur la crête que je n’avais pas vu venir. Arrive enfin la descente, bien difficile, exposée plein nord, intégralement en dévers, avec pierres et racines bien glissantes, je roule le pied sorti, attention à l’entorse. Je reste sur mes gardes du début à la fin et ne gagnerais pas de temps ici. Rageant, tant d’efforts pour cette descente décevante.

Encore un ravito à Ossen 490m avant de grimper sur le Béout à 720m. Je pousse le vélo et je n’ai plus de jus pour effectuer quelques dépassements. Au sommet je m’offre même une pause avant d’attaquer la descente dans laquelle, sans surprise je ne doublerai personnes. Dommage c’était une très belle descente comme je les aime, je l’ai subie du début à la fin, j’ai même poser pied dans des enrochements, je suis séché. On pointe l’arrivée de l’étape 2 à Lourdes 376m. Le chrono est enfin à l’arret, j’en profite et m’offre un bon break avant de m’engager dans l’ultime étape.

Etape 3 Pic du Jer-Lourdes 10km 300D+ 750D-
Je connais ce départ!

Nous allons rouler une portion de la piste de coupe du monde de DH et j’ai bien envie de me faire plaisir pas comme dans la descente précedente. J’étudie le tracé sur la carte et mémorise là où il faudra que je monte ou descende ma selle, j’ai bien envie de faire un chrono ici.

Vue sur le Béout depuis le Pic du Jer

Le départ s’effectue devant le funiculaire à 890m et l’étape chronométrée commence par l’ascension au Pic du Jer à 951m, je ne m’arrête pas pour regarder le paysage, je descends ma selle avant d’engager la descente. La descente est merveilleuse, roulante, ludique, des épingles avec une bonne visibilité, en bas on roule dans le ruisseau blanc 524m avant d’entamer la montée au Petit Jer 708m. Nouvelle portion descendante en sous bois sans difficulté. Reste encore 120m à grimper. Ce petit break d’1h30 m’a fait du bien et me permet de grimper à un bon rythme laissant derrière moi un vélo électrique avant d’attaquer la piste de DH. Encore un grand moment avant de regagner l’arrivée sous les yeux de tout le monde!

Je suis exténué et j’ai mal partout, c’est maintenant que je vois l’intérêt d’une préparation, je n’avais pas autant morflé à l’Epic Enduro! Etirements, repas et douche avant de prendre du repos sur Cahors.

Résultat détaillé

http://chrono.geofp.com/epic2018/v4/build/#/runner/309481

L’importance de la tige de selle télescopique

Malgré un faux rythme du à mon problème de tige de selle, alternance de pédalage en danseuse (pédalage offensif) et pédalage en position basse pour essayer de relacher les cuisses (pas très efficace d’ailleurs puisque la position n’est pas idéale), on peut tout de même effectuer une analyse (ou interprétation) de ma course.

Etape 1

Pic du Midi- Tournaboup 86e
Même si la descente n’était pas très engagée et malgré ma chute, on peut considérer ce classement comme ma place en portion descendante. 92e au final, l’écart n’est pas très important, je gère donc pas trop mal le pédalage. malgré un vélo plus lourd que la moyenne, handicapant dans les montées. On l’a bien remarqué puisque les pilotes en vélo léger que je doublais en descente (l’écart n’était d’ailleurs pas très impressionnant, ils étaient très impressionnants techniquement) me redoublaient très rapidement dans les montées ou encore dans les portions de pédalage.

Tournaboup-Luz 122e
Longue portion de pédalage légèrement descendante, alternant courtes montées et courtes descentes. On voit bien l’importance de la tige de selle télescopique puisque je redescends à la 122e place.

Luz-Grust 89e
Sur une montée bien plus homogène et prononcée, suffisamment courte pour rester la plupart du temps en danseuse, je remonte à la 89e place.

Grust-Riou 134e
Ma plus mauvaise position, après le premier ravitaillement et 1000m de D+ sur lesquels il était possible de pédaler, impossible pour moi j’ai du marcher en poussant le vélo et faire cette ascension en 2h13.

Riou-Granges de Pan 128e
Après un ravitaillement et une descente plutot roulante, je ne gagne que très peu de places.

Granges de Pan-Cauterets 121e
Après 540m de D- extrêmement éprouvants pour les bras, je gagne 7 petites places.

Etape 2

Cauterets-Camping d’Estaing 106e
Après une bonne nuit récupératrice et 1300m de D- à l’avantage d’un enduriste je fais une fulgurante ascension à la 106e place.

Camping d’Estaing-Col de Couret 107e
Je perds une petite place dans une portion majoritairement montante, sans doute le temps d’enlever ma veste, monter ma tige de selle et de troquer mon masque pour mes lunettes.

Col de Couret-Ouzous 109e
Portion mixte, et malgré la MTR et la descente du Mont de Gez, 2 descentes dans lesquelles j’ai pris beaucoup de plaisir, je perds 2 places sans doute à cause du ravitaillement.

Ouzous-Pic du Pibeste 94e
Malgré un nouveau ravitaillement, je gagne 15 places dans l’ascension de 850m comprenant 750m de portage.

Pic du Pibeste-Ossen 92e
Je gagne 2 places dans 850 de D- dans lesquels j’ai roulé au pas car très glissant.

Ossen-Béout 94e
Je cède de nouveau mes 2 places dans le ravito.

Béout-Lourdes 98e
10 min de pause après le pointage, une descente effectuée sans réelle engagement me font perdre 4 places.

Etape 3

Pic du Jer-Lourdes 92e
Une belle descente de 10 km comprenant 300m de D+ dans lesquels je donne tout après avoir repris des forces. Effectués en 46 min, un temps qui me fait rentrer approximativement dans le top50 de cette étape.

Belle surprise, je suis 92e hors VTTAE et 64e dans ma catégorie, en réalisant l’ensemble des 3 étapes en 12h27’44. Même si mon corps a accusé le coup, j’ai mieux roulé aujourd’hui. J’ai su m’adapter à ce problème mécanique. Clairement, cela montre que 120e n’étais pas ma place, mais malheureusement le temps perdu d’hier n’a pas pu être récupéré, j’aurai donc pu réaliser encore un meilleur classement. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait juste de faire une analyse sur des places, car derrière ces places se cache un temps. C’est une erreur de dire « j’ai gagné du temps », car on ne rattrape jamais le temps perdu, j’ai gagné des places sur des pilotes qui étaient finalement beaucoup moins fort que moi, je n’ai jamais pu batailler avec les pilotes qui étaient dans les 85 premiers après avoir descendu le Pic du Midi.

Sur 306 partants hors VTTAE, 251 sont arrivés à bout de cette épreuve, cela reflète bien la bonne préparation de l’ensemble des coureurs sur une course aussi exigeante physiquement. Je l’ai d’ailleurs remarqué durant ces 2 jours, j’étais quasiment le seul marcheur! A la moindre pause, je voyais défiler de nombreux coureurs. Les quelques pilotes en semi rigide que j’ai pu côtoyer sont devant moi au classement et de loin, ils font preuve d’ailleurs d’un niveau technique impressionnant! Un vtt d’enduro et une bonne aisance dans les descentes (oui je sais je suis quand même tombé) n’offrent pas un avantage suffisant dans ce type d’épreuve. Le temps passé dans les montées est clairement supérieur à celui passé dans les descentes.

De vrais compétiteurs, puisque les sections où il y a des ravitaillement, je ne gagne pas de places, ou même j’en perds. Ceux qui jouent le classement ne s’arrêtent quasiment pas.

Ma plus belle course de VTT!!!

Une course difficile, mais la beauté des paysages et des descentes nous poussent à aller toujours plus loin. Pour réaliser un classement c’est sur il ne faut pas y aller les mains dans les poches, car les participants ne sont pas là par hasard. A l’image de l’enduro de Munster, j’aime me mettre dans la difficulté dès  le début. C’est sur, faire une grosse chute au bout de 10 secondes de course on aurait pu se dire « celui là il ne va pas aller loin ». Dommage que je ne sache pas me concentrer dès le départ. 92e malgré tout, en prenant en compte le niveau des participants c’est une grosse satisfaction.

La Pyr’Epic est une très belle course grâce à l’association Lourdes VTT et ses nombreux bénévoles totalement dévoués à une organisation et un encadrement sans failles. Des bénévoles souriants et avenants qui n’hésitent pas à venir vers vous pour vous demander si vous avez besoin de quelque chose. Bref, rien à dire, la bière du samedi est oubliée! Que c’est bon de se laisser aller dans une telle organisation, de tout mettre de côté pendant 2 jours et juste penser à rider. Merci Lourdes VTT.

RVagabond

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