Olargues 2017 – Epic Epic et colegram…

Quand Hervé nous annonce quelques mois auparavant qu’il s’est mis d’accord avec Loïc sur la prochaine destination de l’OTB Team, nous ne nous sommes pas méfiés plus que cela. Les deux zigotos ont pourtant bien préparé leurs coups et nous étions à des lieux de penser au calvaire qui nous attendait : Direction Olargues !

Mai 2017, nous revenons tout juste de notre périple des Vosges que Loïc nous lance sur la date et la destination de notre seconde sortie biannuelle. Après moult discussions, le week-end du 5 au 8 octobre est choisi. Rapidement nous tombons d’accord sur les alentours d’Olargues/Citou. Nous n’en saurons pas plus. Une petite nouveauté tout de même : la présence de Fred, un nouveau membre de l’OTB Team. AInsi que malheureusement l’absence de Franck suite à sa blessure à la cheville en mai dernier, combiné avec d’autres soucis de santé, fait qu’il ne sera pas des nôtres. C’est vraiment dommage. On pensera fort à toi Franck !

Le Jour d’Avant

Mercredi 4 octobre à 5h du mat, la valise prête de la veille. Je sais déjà que la journée va être longue. Je file au taf pour finir vers 13h. A peine rentré à la maison, je fourre tout le matos dans la voiture, gère quelques imprévus de dernières minutes et me voilà parti pour rejoindre Max à côté de Bondoufle. Les bouchons parisiens me donnent déjà des boutons, surtout quand je pense que dans quelques heures, les montagnes me tendront les bras.

17h : 2h30 et des centaines de jurons plus tard, j’y arrive enfin. Max a déjà préparé sa voiture, il ne manque que mes affaires. Quarante minutes plus tard, nous voilà parti pour 7h30 de route sans les arrêts pipi/caca. Comme à l’accoutumé avec Max, nous discutons ardemment de nos travails respectifs. La route défile à toute allure ainsi que l’horloge. Nous ne voyons pas le temps défiler et comme Red Bull oblige, la fatigue n’a aucune prise sur nous. Je nous passe comme à l’accoutumé du son de l’hyper-espace qui te débouche les oreilles : « Dance before you die » d’Anticeptik. Si vous ne connaissez pas, foncez. Vous ne l’écouterez qu’une seule fois… Il ne faut pas qu’il s’endorme mon Maxou. C’est pourtant comme toujours les derniers kilomètres qui nous semblent les plus long. Ça serpente dur, ça monte et descend : pas d’erreur, nous sommes bien à la montagne, sur les flans du plateau du Haut Lanquedoc.

Il est presque 2h du mat quand nous arrivons à St Pons des Thomières. Petite ville de quelques milliers d’habitants, nous ne sommes pas trop dépaysés. Pourtant, après que Loïc daigne enfin  nous répondre et nous envoyer la position GPS exacte du gîte, il s’avère que celui-ci soit difficile à rejoindre. GoogleMap abdique à nous fournir un trajet viable, peut-être a-t-il cru que l’on avait un 4×4 à rétro-propulsion aéroportée, sans quoi traverser la forêt comme il nous le demandait risquait d’être sport. Cette fois-ci encore nous avons lâchement laissé Hervé s’occuper du couchage. Ceci explique cela… Nous nous engageons donc sur une voie parallèle à la petite route sur laquelle nous nous trouvons. Très petite route qui se transforme subitement en chemin sans éclairage au beau milieu de la forêt. C’est seulement après plusieurs centaines de mètres en pleine nuit noire que le gîte nous apparaît. Paumé est, je crois, le terme idéal à employer. Nous continuons encore un peu pour apercevoir les voitures de nos camarades. A peine nous descendons que Loïc nous accueille en courant. Nous prenons connaissance du gîte et de nos chambres. Nous trouvons également le temps de boire une bière à 2h30 du mat pour fêter nos retrouvailles et de discuter des derniers potins, ainsi que de la distribution de la demi-tonne de Cliff Bar que Loïc a ramené des États-Unis. Puis nous filons au lit presto. La première journée s’annonce déjà difficile…

Une Cliff Bar c’est ça : du concentré dans du concentré dans du concentré. Bien digeste…

1er jour – Citou

Rituel : levé à 8h, déjeuné made in Hervé (comprenne qui pourra), chargement des voitures, trente minutes de route direction Citou.

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C’est un endroit que je connais déjà. L’année dernière Loïc m’y avait emmené sous une chaleur qui aurait fait fondre une petite culotte. Je me souviens en avoir bavé, mais comme la sortie s’était étalé sur toute une journée, la pilule était passée plus facilement. Toujours est-il que la session d’aujourd’hui s’annonce plus difficile. J’ai moins de préparation sportive dans les pattes que l’année dernière et seulement trois sorties spad (sans compter les Vosges) depuis le début de l’année ! Cela va être un carnage. Max se décompose à moitié en écoutant les explications de Loïc sur le déroulement du parcours. Il faut dire que nous nous sommes garés au fin fond de Citou, c’est à dire tout en bas… Alors évidemment quand on lève la tête et que l’on nous sort que l’on va « tout la haut », ça te casse le moral du premier coup. Sec. Atelier montage de vélo, graissage de chaîne de dernière minute et petit coup de gonflage.  Tiens, c’est bizarre ma roue libre entraine ma chaîne vers l’arrière. Hum. Comme c’est embarrassant. Loïc me houspille, Hervé jure dans son coin et moi je suis bon pour démonter un de mes deux galets de la patte de dérailleur. Clairement, le roulement est à ras bord bourré de caca. Pas mal pour un roulement vendu étanche. Me voilà donc avec le couteau d’Hervé à sortir la flasque du roulement et à le nettoyer avec les moyens du bord. En moins de dix minutes je boucle l’opération. Juste le temps de remonter ça et on est bon pour… Tiens, c’est quoi ce bruit ? C’est caractéristique ce bruit… Un léger suintement… Un filet d’air… Je m’approche du vélo de Loïc, toujours à l’envers alors qu’il graisse sa chaîne… Mais oui, c’est ça, ce blaireau a réussi à crever un pneu à l’envers ! Sans qu’il ne touche le sol ! Record battu mes amis. Un nouveau winner dans la catégorie pneu crevé sans faire de vélo. Loïc première place et pour longtemps. On en déduira que son pneu, en plein soleil, s’est dilaté sous l’effet de la chaleur et que la crevaison était déjà présente avant. Enfin on suppose.. Dix minutes plus tard et une mèche d’Hervé après nous voilà tous fin prêt.

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On embraye donc direct sur de la bonne côte, pendant, pfffouuuu, au moins une bonne heure. Huit kilomètre et quatre cent mètres de dénivelé positif dans la tête nous arrivons au Cairn surplombant Lespinassière. On ne s’en lasse pas. Ces paysages montagneux et verdoyants nous accueillent à chaque fois avec cette vue imprenable,  surplombant le commun des mortels. Tout est immobile, immuable, insensible aux affres du temps. Le soleil nous irradie de ses rayons, le bruissement du vent et les oiseaux… Tiens, bah il est où Hervé ? Et Fred ? Et Loïc ?!?!? Gné ? Ah ok, on est plus que deux, Max et moi. Très bien, on regardera plus tard. A peine le temps de finir une moitié de Cliff Bar qu’ils sont déjà barrés. Sont chaud cette année ! Je ne vous rappelle pas le descriptif de ce single, pour cela vous pouvez vous reportez à la sortie de l’année dernière. Je laisse partir Max devant car je m’emmêle les pinceaux avec ma GoPro. Trente six milles réglages plus tard je fonce enfin sur ce chemin agressif. Je rejoins Max rapidement, d’une parce que son spad prend cher, et surtout de deux parce qu’il est nul. J’enquille comme un fou, je flippais un peu de pas avoir la musculation suffisante pour tenir le choc. Ça tient mais on en chie. Une bien belle descente de sept minutes cinquante environ. Je rejoins le troupeau à Lespinassière qui nous attend. Quelques minutes plus tard Max arrive, apparemment satisfait, c’est le principal ! Tout le monde est indemne, mais on ne peut pas en dire autant des spads. Nous voilà prévenus, ils vont souffrir…

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Nous remontons nos selles et repartons pour la plus grosse partie de grimpette de la journée. La traversé de Lespinassière nous offre un peu de repos dans le dénivelé, mais hélas de courte durée. Deux heures de montée, dix kilomètres, cinq cent soixante mètre de dénivelé. Je ne me souvenais pas d’en avoir autant bavé l’année dernière. Petite cerise sur le Mc Do : en arrivant au sommet, un vent en plein visage à donf les ballons nous accueille. J’ai beau forcer je n’avance pas. C’est simple : si j’arrête de pédaler je recule. Et comme je n’ai déjà absolument plus aucune gouache, je traine comme un clampin. J’attends chaque accalmie pour enfiler deux-trois tours de pédaliers avant de ralentir de nouveau et de donner le minimum pour ne pas redescendre. Même Max me passe devant. Chaque tour de pédalier est une épreuve. Évidemment, le gros de la team est looooooooooooooooin devant et nous attend à un carrefour. Néanmoins, le-dit carrefour est le bienvenu car c’est la pause repas. Je sens bien qu’il ne va pas falloir trainer. Nos sandwichs à peine avalés avec un fruit en complément que les mecs remontent sur leur vélo. Mes genoux fument encore de la montée, mais tant pis, pas de pitié pour les faibles.

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Enfin les hostilités. Là je peux faire la différence. Premier single en sous-bois et,  comme l’année dernière, je n’arrive pas à lire la trace. Ça part dans toutes les sens et les feuilles empêchent de prédire les trajectoires. Fred me passe devant, file comme une fusée. Ah non, pas moyen mon gars, tu ne vas pas me déposer comme ça. Aller tant pis je bourre les pédales et aiguise ma vision. Mes lunettes ne me collent pas au nez et aux sautent dans tous les sens. Imaginez-vous un caméraman à dos de chameau qui tape une descente de l’Oural. Et bien pareil. Grand bien m’en prend. Je le talonne mais je sens que je donne beaucoup. Il est bon le bougre.  Après deux singles, une montée intermédiaire et de nouveau un bon gros single des familles qui te transporte au Valhalla, des sauts, des marches, nous arrivons à l’antenne au dessus de Citou. Ahhh enfin l’occasion de faire quelques photos. Le coin y est propice, la vue plongeante et… Mais bordel de m**** ils sont déjà barrés ! Même pas un arrêt ! Mais bon sang, c’est beau ! On peut prendre trente secondes ! Appréciez ce que Dame Nature nous offre, mince ! Donc, si je comprend bien on est parti dans une optique de rendement maximum. Bien bien bien… Donc à peine le temps de poser un pied à terre que je repars de plus belle et rattrape comme je peux le groupe.  Ça tabasse fort, les vélos deviennent des clochettes ambulantes tellement le bruit de la mécanique devient insupportable. Pourvu que cela tienne ! Mais la fin du single se pointe et nous amène quasiment au même dénivelé que notre point de départ. Ce fût bien bon, mais dur.

Et c’est la fin. Cinq heures de sortie, les jambes en compote, le Camelback qui a perdu trois fois son poids… Nan je plaisante, ON REPART AUSSI SEC. Le dernier single débouche sur une petite route. Nous entamons doucement la côte pour contourner le flan de montagne où nous nous trouvons. Un petit groupe de trois vttiste nous rattrape. Ils tapent la discute avec Loïc, voyant bien que je n’ai ni l’envie de leur parler, ni la possibilité. Mon organe vocal étant dans l’incapacité de vibrer en même temps que je respire. Nous apprenons qu’ils sont du coin et viennent pédaler régulièrement ici, ce sur quoi ils nous déposent tous dans la montée. Ils viennent seulement de faire la descente de Lespinassière. Petits joueurs, sont encore frais eux. La montée est plutôt progressive, et dure seulement quarante minutes, wahou ! Ce ne sera pas le calvaire que j’avais envisagé. Ça doit être l’effet Cliff Bar. Mes jambes retrouvent de la puissance et la douleur est beaucoup moins présente. Je fais le kéké en passant devant tout le monde. Bref le moral remonte à vue d’œil. Loïc reste avec Max pendant que je pars devant avec Hervé et Fred à chercher l’entrée du single. Tout le monde se regroupe, le temps pour Loïc de nous donner quelques consignes concernant ce dernier passage de la journée : pierre, ravin, rivière à sec, passage dans son lit, branches, forte végétation, haute vitesse. Bref, le gros bordel. C’est de celui-ci que je me souvenais le mieux. Bien pervers. Je ne vais pas le rater cette fois-ci. L’ordre de départ des riders commence à prendre son rythme plus ou moins naturel : Loïc, Hervé, Fred, Max, Moi. L’écart se creuse légèrement entre nous, c’est toujours plus sécure. Je rattrape rapidement Maxet le dépasse. Puis je croise Hervé et Loïc sur le côté, Hervé a apparemment crevé. Je ne m’arrête pas et file à tout allure. Le devers/ravin sur la gauche ne m’impressionne même pas, pas le temps de le voir. Je sens mon spad taper dans toutes les sens. La chaîne claque très fort, je sens des pièces qui sautent à tous niveaux mais tant pis je fonce. Depuis le début de la journée je m’arrête néanmoins régulièrement en pleine descente pour resserrer mon axe de roue avant. Ce dernier sous l’effet des vibrations se desserre et me provoque angoisse et peur, humblement justifié. Je rejoins finalement Fred qui attend sagement sur le bord du chemin à une bifurcation. Nous repartons de plus belle comme des boulets de canon, il ne restait plus grand chose. Max nous rejoins, talonné de peu par Loïc et Hervé qui a finalement réparé son pneu.

L’aventure ne s’arrête pas là pour autant, nous sommes cent cinquante mètre en dessous du niveau du parking où sont les voitures. Nous reprenons la route pour cinq kilomètres de côte. Plus rien ne me choque désormais. Mon corps s’est depuis habitué à cette douleur d’effort permanente. Je caracole en tête avec Fred. Toujours pressé lui. C’est finalement vingt minutes plus tard que nos voitures nous accueillent. Comme d’habitude les saloupiauds nous font croire qu’ils ne sont pas fatigués pendant les sorties, mais nous apprenons (Max et moi hein) que ces derniers en ont pleins les pattes. Bon sauf Hervé parce qu’il n’est pas humain. Une fois les paquetages enfournés dans les bagnoles,  nous retournons au gîte pour une douche obligatoire. On prépare le repas : pâte à la carbonara pour tout monde (sauf Loïc bien sûr). Le tout sur un fond de Bloodsport (je t’aime Van Damme !). Oui on l’a déjà vu mais on n’a pas l’envie de chercher un film pendant vingt minutes… Je pourrai terminer cette journée ainsi mais cela serait passer sous silence une fin de soirée un peu particulière. Si vous avez été attentif, vous avez dû voir le TRX d’Hervé. Un système de sangle accroché à une poutre du gîte. Ne me demandez pas pourquoi Hervé l’a ramené… Toujours est-il qu’après les douches et le repas du soir, ce dernier nous lance un défi : réaliser une série d’exercice qu’il a largement pratiqué pour sa préparation à l’Epic. On le sait déjà d’avance, nous allons être ridicule. Mais qu’importe, on est là pour s’éclater (au sens littéral). Et comme un long discours ne vaudra jamais ce qui va suivre…

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Et pour les yeux de ses dames, le cul de Loïc en pleine action :

C’est l’occasion pour moi d’une petite introspection de la journée. J’ai beaucoup perdu physiquement en comparaison de l’année dernière. Les derniers centaines de mètres pour arriver au sommet en milieu de sortie ont été très difficiles. A aucun moment je n’aurai abandonné, mais j’ai peur que le mental ne soit trop fort et que c’est le corps ne suive plus. Pour l’instant tout va bien, mais après cette première sortie je suis déjà sévèrement entamé…

2ème jour – Olargues

Enfin ! On y est, la fameuse trace de l’Epic qu’Hervé nous avait promis ! Il est désormais trop tard pour reculer. Si vous avez lu les articles précédents, vous connaissez déjà le principe du Radon Epic.  Pour ceux qui aurait fait l’impasse sur l’article d’Hervé (honte à vous), c’est une compétition qui se déroule sur une journée, chronométrée sur les spéciales avec des liaisons imposés et temporisées. Elle est composée de trois énormes boucles à fort dénivelé positif et négatif. N’ayons pas peur de le dire, il s’agit de la compétition la plus dure du monde. Si si, je n’exagère rien. Imaginez : trois boucles d’environ quarante kilomètres et d’au moins 1600m de dénivelé positif chacune, pour un total de presque cent dix kilomètres pour 6000 mètres de d+, en une journée ! Accrochez vous à vos baskets ! Nous en tremblons d’excitation à l’avance. Les traces que les plus grands champions du monde ont empruntés vont être le théâtre de notre spectacle.

Donc après un petit déjeuné tardif et une mise en branle plus que difficile, nous arrivons à Olargues. Le temps pour Hervé d’aller à la boulangerie qui a déjà flashé sur les miches de la vendeuse. Nous nous garons sur la place centrale et déchargeons les vélos sous un soleil radieux, accompagné de Dj Pone et son Ricky The Can à fond les ballons dans la caisse de Fred.

Le son à fond, le soleil, un peu de vent. Journée idéale !

Nous commençons cette sortie avec une belle ascension. Direct. Hervé, il n’est pas là pour déconner, et sort l’artillerie lourde : six kilomètres et six cents mètres de dénivelé. Si vous avez bien suivi, c’est le double de dénivelé que la côte de la veille,  avec deux kilomètres de moins. Je vous laisse imaginer que l’on n’a pas grimpé celle-ci à vélo mais et qu’on les a gentiment poussé. Le soleil cogne dur et ne nous laisse que peu de répit. Les arbres sont légions mais pas autour des chemins, peu d’ombre s’offre à nous. Nous croisons des citernes d’eau, probablement utilisées en cas de feu de forêt. Vu le volume nécessaire pour un feu de forêt et la taille de la citerne, l’effort est louable, mais plus que discutable. Cela n’aura pas empêché les autochtones de claquer quelques graffitis du plus belle effet sur la moindre surface disponible…

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Une heure et demi plus tard, nous voilà à l’antenne relais d’Olargues au point culminant du Naudech. Le vent soufflait déjà sur le parking en bas, mais là ce sont de bien belles bourrasques qui nous chahutent. Comme d’habitude nous ne trainons guère et nous nous équipons pour la première descente. Hervé nous préviens : on hausse clairement le niveau. Fini les singles pour enfant de Citou, on joue dans la cours des grands, des vrais. Ce conseil avisé ne fût pas volé.

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Nous nous engageons sur le single. Et là, et bien c’est comme il nous l’avait expliqué : n’importe quoi. Comment réussir à vous décrire ce que l’on ressent sur son spad quand le terrain n’est clairement pas fait pour une roue de vélo. Cela révèle du casse tête : le placement de roue devient un art. La force du torse dans le guidon une nécessité. La stabilité une question de survie. Là où une chute en temps normal peut encore être envisagé en considérant de potentiels griffures ou hématomes comme conséquence, ici elle ne l’est pas. C’est la perforation de poumon ou la fracture de hanche/bras en guise de récompense. Et les occasions ne manquent pas. Les plaques de roches à 45° en plein devers où la roue n’accroche pas, les marches de soixante centimètres  pour passer par dessus le guidon, les pierriers meubles où la roue s’enfonce. Tout est parfaitement orchestré pour t’envoyer en enfer. Hervé EST un grand malade. Je mesure les risques et descend régulièrement de mon vélo pour passer un enchevêtrement de rocher impossible à passer par le commun des mortels. Je me retourne, histoire de voir si Max ne s’est pas brisé le coup ou s’il ne gîse pas dans une mare de sang. Non c’est bon, il est juste derrière. Il est encore en haut de l’amas de rocher que je viens de descendre à pied. A ce moment précis, je ne sais pas ce qui a conduit l’univers à pousser Max à se poser cette question : puis-je descendre ceci à vélo ? NON MAX, non. Celui-là, il n’est pas question que tu le descendes. Peine perdue, il est déjà dedans. Je pense que j’ai eu un petit cri intérieur en le voyant descendre ce… truc. Clairement, Dieu était là, juste à côté à nous regarder. Il s’est littéralement fait chahuter par son spad. Sa selle l’a propulsée méchamment plusieurs fois dans les airs, à la limite de l’OTB. Mais il l’a fait. Respect Maxou, t’as des boules en acier. Ou tu es complètement fada (la deuxième hypothèse a mes faveurs).

Mais ça bien sûr, ce n’était que l’apéro. Le reste du chemin commençait juste à être un peu plus praticable, à nous permettre de prendre de la vitesse qu’un obstacle survient : un mur. Non pas à monter mais à descendre. Fred le descend à pied, je le suis et Max fait de même. Reste nos deux zigotos en haut qui nous regardent avec de grands sourires. Je commence à me dire que tout ce cirque n’était pas une bonne idée. Hervé s’élance, manque de se vautrer à trois reprises mais tient bon. C’est en vibrant qu’il arrive en bas. Quatre bons mètres composent ce mur, et les différents rochers pour le descendre sont très court. C’est un sacré exploit qu’il signe là ! Loïc s’y prend à trois fois pour s’engager. A chaque fois j’ai la respiration coupée. Il s’élance enfin, risque la chute à quatre reprises, pose le pieds plusieurs fois et manque de passer par dessus son guidon. Au début je ne voulais même pas regarder mais il y est arrivé. Ce n’était pas beau à voir. Ce n’était ni fluide ni conventionnel, mais il l’a fait. N’oublions pas que nous sommes à six kilomètres de la moindre ville, à au moins trois kilomètres de la route la plus proche et en plein flan de montagne escarpé. Ce n’est pas les pompiers qui vont venir, mais l’hélicoptère…

Nous reprenons tous un rythme un peu plus normal pour une courte durée, le chemin est composé exclusivement de petit cailloux, ça vibre sérieusement. Les nerfs me remontent des sensations de fourmis dans les bras et les mains se crispent beaucoup trop fort. Heureusement la fin est là. Nous attendons Max  et Hervé qui ferment la marche. Neuf cents mètres plus tard, autre single de fou. Moins technique que le précédent, il se fera sans trop de difficulté. Les deux singles que l’on vient de se taper ont durés respectivement dix et six minutes chacun. Tout le temps nécessaire pour te filer des crampes aux avant-bras. Juste le temps de boire un coup pour aussitôt repartir sur la route et se trouver un coin pour déjeuner.

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Comme la veille, on ne s’embourgeoise pas et moins de vingt minutes plus tard nous remontons le versant qui fait face à celui que nous venons de descendre.

Vous voyez la petit pointe tout en haut ? On vient de là. Et maintenant la même de l’autre côté

Hervé nous indique qu’à ce stade il s’agit de la deuxième boucle de l’Epic 2016. Et que ce qui nous attend va mouiller nos caleçons. Après trois kilomètres et deux cents petits mètres de dénivelé de chemin que nous grimpons sans trop de soucis, nous arrivons à un portail face à un mur de roche naturel.  C’est évident : il va falloir le monter. Hervé nous indique que derrière celui-ci se cache un petit kilomètre et cent soixante dix mètres de dénivelé ! En gros, de la bonne poussette pour nos petits bras.

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J’arrive au sommet haletant et en sueur, trempé. Mais ce n’est pas plus mal, à pousser le vélo le fessier se repose de la veille. Purée, elle pique un peu quand même celle-là. Hervé, Loïc et Fred m’attendent, il ne reste que Max. Dix minutes plus tard nous reprenons pour un kilomètre de descente douce sur du boulevard. Hervé nous annonce que nous allons arrivé au vrai « mur ». Max dira plus tard qu’il s’agit d’un « immeuble » mais tout est question de point de vue. Il se moque de moi en me demandant si ce n’est pas trop pour mon corps de lâche. Ne t’inquiètes pas mon bonhomme, mon corps de lâche m’emmène partout. Je m’engage sur son chemin à très très très forte pente. Cela dure « seulement » quatre cents mètres et cent trente mètre de dénivelé. Après être monté, j’ai mesuré : 43.5° de pente (32.5%), qui dit mieux ? Max commence à être fumé. Ce n’est pas très grave, pour le coup, c’était vraiment la dernière côte (hein Hervé !). A partir de ce point culminant, ce n’est que de la descente jusqu’à St Mons.

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Deux spéciales vont maintenant s’enchainer l’une derrière l’autre. La première, d’un technicité relevée mais faisable, va nous permettre de prendre un peu de vitesse. La seconde,  qui part du pylône du Roc Traucat, n’a pas été abordée par Hervé. Je comprend maintenant pourquoi.  On enchaîne la première : OK. On se présente à la seconde : pas OK. Encore un summum atteint dans le n’importe quoi. Ultimate caillasse. Le nouveau trip d’Hervé c’est de nous tuer en spad ? Peu de choses à dire : virages en épingle très serrées tous les quatre mètres dans de la caillasse saillante. Le sud, c’est vraiment le pays de la pierre. La végétation, même la nature elle ne l’aime pas. L’obligation de s’arrêter tous les trente mètres pour reposer les épaules qui amortissent tous, les jambes ne travaillant finalement que peu vu la forte pente. Le vélo constamment penché à 30-45° degrés, il est difficile de prendre de la vitesse, les épingles très régulières empêchant de pédaler… Vingt-cinq minutes de descente seront nécessaires pour en venir à bout, les petits arrêts auront raison de nos chronos.

Vous reconnaissez ? Oui, c’est la route que nous avions emprunter pour déjeuner. Les flans se font faces.

Enfin le torse se repose. La route offre une tranquillité bien méritée. C’est dingue comment le macadam permet de prendre de la vitesse avec peu d’efforts. Nous rejoignons le centre de St Mons, le bar du coin donc, qui se trouve également être le départ pour la voie verte qui rejoint le parking d’Olargues.

Quatre kilomètres de voie verte, quel bonheur. Un régal pour les fesses. Max nous fait encore du grand Mendes. Même complètement vidé, il trouve encore le moyen de vouloir taquiner Hervé et Loïc. Voilà parti les trois gus à toute berzingue sur cette route sablonneuse. Évidemment, deux kilomètres plus loin je retrouve Max à l’horizon qui a beaucoup ralenti par rapport au début. Résultat : je n’ai aucun mal à le rattraper et à le semer , il a usé ses dernières cartouches le nigaud. J’en profite pour photographier le pont de la voie verte d’Olargues, nos élus devrai en prendre de la graine : un pont énorme juste pour les pétions/vélos…

Un pont magnifique !

Nous ne trainons pas, la fatigue va commencer à nous serrer de ses griffes. Pauvre Max, le vent est encore plus fort que ce matin. Juste le temps de charger les spads que de violentes bourrasques soulèvent le sable ambiant et en fourrent plein sa bagnole. Elle est refaite. Franck en aurai fait un AVC…

La soirée ne va pas être très longue. Douche, bière ou vodka/redbull, repas et fin de Bloodsport, suivi de Predator (on aime les classique). Même Hervé comate devant…

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Il faut croire que Max et moi n’en avons pas eu assez. Nous jouerons (enfin surtout Max) à Contrat et Starfox, que du neuf ! Je finirais pas aller me coucher tout habillé pour un bon sommeil réparateur…

3ème jour – St Martins du Froid

Troisième et dernier jour. Le plus complet et le plus long du séjour. Les fessiers sont bien échaudés, les jambes bien raides. La sortie de la veille nous a tellement obligé à pousser les vélos (Fred en peste encore) que le cul a été un peu épargné. Et cela tombe bien, car on va en avoir besoin. Le réveil est très dur. Je suis le premier debout, il est 8h10. Max étant déjà réveillé, il ne fait que somnoler dans son lit. Je le surprend en train de pousser sur son cortex moteur pour se lever, mais en vain. Pas grave, je fonce préparer le petit déjeuné. Nettoyage de la table, installation des bols, verres, couverts. Hervé fini par me rejoindre, suivi de Max. Loïc et Fred sont coincés sous les draps (chacun dans son lit hein…). L’odeur de pain grillé les fera se lever. Ce matin tout le monde s’attarde sur la nourriture. On le sait déjà, aujourd’hui c’est sur la première boucle de l’Epic 2017 que l’on s’attarde. On se remplit donc la panse en conséquent.

Dernière préparation de repas à l’arrache pour le midi

Peu de route aujourd’hui, nous allons directement au dessus St Pons, non loin de Bordevieille. Hervé nous épargne la montée initiale en haut de la crête. Pas ou peu de valeur ajoutée sachant que l’on aurai emprunté quasiment que de la route. On ne traine pas, nous sommes déjà en retard sur l’horaire prévue. Décidément nous n’arriverons jamais à nous saquer du lit à temps.

L’essentiel de la matinée sera constitué de légères montées et descentes. Quelques passages à pousser le vélo, mais rien de très violent. Les chemins sont magnifiques, tout en pierre parsemé. La montagne telle qu’on l’aime : sauvage. Nous ne croisons absolument personne. C’est un paradis vierge sur Terre. J’y prends un pied phénoménal. Je me sens bien, libéré d’un poids que je ne saurais décrire. Malgré le rythme soutenu, j’aime cet air frais du matin, celui qui te purifie le corps. Agréable sensation…

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Nous arrivons à un belvédère au dessus de Langlave. Encore une formidable vue surplombant une belle cascade. Étonnamment nous nous attardons plus que de raison, Hervé est-il en train de devenir une chiffe molle ?

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Nous repartons. Les rares montées nous freinent pas Max et moi. Nous prenons du retard sur le reste du groupe. J’accélère un peu pour les rattraper, quitte à abandonner Max (oui je suis un bâtard, mais Max le sait, ça ne compte pas). Je prend pas mal d’avance et passe à un croisement, toujours personne. Je fais demi-tour et je rejoins Max. Mieux vaut rester à deux que seul. Nous partons du principe que s’il n’y a personne au croisement, c’est qu’il faut aller tout droit. Grand bien nous a pris, nous les retrouvons quelques kilomètres plus loin à nous attendre.  On commence à se faire houspiller. Je leur explique que l’on a hésité au carrefour et que s’ils nous avaient attendu, on n’en serai pas là. Hervé s’énerve. Je lui colle un taquet (verbal), j’chui un fou moi ! Nous sommes juste de grands enfants. On aime se taquiner. Alors forcément, ça taille de temps en temps…

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Nous continuons notre périple sur les crêtes, rien de passionnant à descendre, mais le décors compense largement, une sortie randonnée en quelque sorte. Ça tombe bien, cela me sied à merveille ! Nous arrivons au lac de Vezoles, d’un bleu assez troublant. Hervé nous invite à aller se jeter dans le chemin qui mène à la cascade juste à côté. Bon, nous ne ferons qu’une cinquantaine de mètre, le chemin devenant extrêmement escarpé. Mais rien ne démotive Hervé, il veut la voir sa cascade (il a des marottes des fois). Voilà mes compères avec leur chaussures à cale s’engager dans un chemin à limite de l’escalade : entre bruit de talon aiguille et les contorsions nécessaires pour rester stable, cela en devient marrant. Sauf qu’Hervé avait mal jaugé la distance jusqu’à la cascade. Après seulement cent mètre, ce dernier préfère faire demi-tour et remonter jusqu’aux vélos. Tout ça pour rien…

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Nous repartons de plus belle. Entres boulevards pour 4×4 et chemins plus champêtre, on ne se foule pas trop les chevilles. On en profite pour discuter, se tailler ou encore croiser des chasseurs bien amochés (faire tomber son fusil par terre à cinq mètres de nous, il faut être bien amoché. Et son acolyte qui reste planté debout comme une plante verte, bien rougeaud, ce n’est pas leur rendre honneur…). Le décors change vite. Nous arrivons à une ferme d’éolienne. Elles sont magnifiques. Dressées au milieu de la forêt, plutôt courte sur patte, le vent soutenu des crêtes est idéal pour ces structures. Nous faisons volontairement un détour pour s’en approcher au col du Plo D’Espluc, histoire d’en voir de près au moins une fois et surtout pour les écouter, .

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Alors, à tous les détracteurs de l’énergie éolienne qui dénoncent le bruit et le fait qu’elle dénaturent les sites naturels. Nous sommes allé au pied, AU PIED de l’une d’elle. Le seul son que nous avons entendu est le bruit du petit aileron en bout de pâle. Ce son, une vibration inaudible, est magnifique. Tel un un planeur sifflant très légèrement, il file à chaque rotation. C’est assez magique à écouter. Et nous sommes en plein vent assez fort.

Quand on vous dit qu’elles ne font aucun bruit, on peut vous l’assurer…

Nous repartons un peu pantois, la tête qui tourne d’avoir regarder pendant de longues minutes ces engins fonctionner. Il y a quelque chose d’hypnotique, voir de mélancolique…

Nous entamons une légère descente pour rejoindre le col de Fontfroide. Il est temps de déjeuner. Nos sandwichs de fortune avalés avec un fruit (sauf Loïc), Hervé nous indique que nous allons enfin descendre le premier single de la journée. ENFIN ! Après presque dix-sept kilomètres, je commençais à m’inquiéter. En temps normal, le single que l’on va emprunter ne représente pas de réelles difficultés, seule aller vite représente une. Mais nous sommes en automne. Et le tapis de feuille, récent, qui s’est formé transforme la trace en patinoire. Il n’est pas rare d’avoir le vélo entier qui se déporte sur la gauche dans le dévers alors que l’on cherche à aller droit. Il faut compenser parfois fort et rapidement. Au total, quatre cent cinquante mètres de dénivelé et des pentes de plus de 30%. Un vrai bonheur. Cela tabasse beaucoup moins que la veille, le genre de single que j’affectionne. Mais j’oubliais que nous étions sur les traces de l’Epic : vingt minutes de descente ! Vingt minutes bon sang ! Les mains sont littéralement scotchées aux poignées. Difficile d’ouvrir les doigts à l’arrivée. Emprunter le chemin n’est pas le problème. Descendre tout d’une seule traite : là est le challenge. Ce magnifique parcours débouche sur Coustorgues, petit village complètement paumé avec une seule voie d’accès.

Coustorgues, bled paumé dans un creux de la montagne

Aller, après l’amusement, l’effort. Nous voici en plein cagnard sur une route empruntée à remonter tout le dénivelé que l’on vient de perdre. Là aussi c’est un challenge. La montée est sans fin et cinquante minutes seront nécessaires pour retourner au sommet. Enfin cinquante pour moi, mais seulement trente cinq pour les autres. Le braquet au minimum, les coups de pédales s’enchainent sans réelle avance concrète. C’est interminable. Mon cul prend cher, mon genou gauche aussi. La transpiration n’arrangeant rien, le vent étant inexistant sur ce versant. La route est brûlante et les voitures folles… Je prendrais une bonne dizaine de minutes pour m’en remettre et faire baisser la température de mon corps.

Jolie zig-zag, on vient de tout en bas…

Bien fatigués et les fesses en feu, nous repartons à nouveau pour douze kilomètres de crête. Cette dernière montée m’a ravivé une vieille douleur au genou, assez forte pour me faire grimacer mais encore supportable. J’en fais part néanmoins à Loïc. Toujours et encore la même enfilade de chemins. De temps en temps un arrêt, une prise de photo ou une pause impromptue vient briser le cycle monotone des pédaliers.

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Nous atteignons notre destination finale : St Martin du Froid. Charmante petite chapelle nichée en haut de la montagne à côté du col de la Muraille. Nous y trouvons refuge pour quelques minutes, le temps de s’équiper et de manger convenablement. Hervé nous préviens : dernier single du séjour et le plus badass. Ok, nous voilà prévenu.

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Et c’est parti mon kiki. Le plus long, le plus difficile et le plus technique des singles que j’aurai jamais emprunté. C’est dit. Le niveau de celui-ci est stratosphérique. C’est simple, zéro terre, full cailloux/roche. Regardez, je ne mens pas :

Vous en voyez de la terre vous ?

Je pense que mon vélo a atteint son seuil de destruction : j’ai l’impression qu’il va se disloquer à tout instant. La mécanique est prévue pour, mais là on est hors tolérance. Ce degré de vibration dans les bras, c’est du jamais vu. Hervé, Loïc et Fred sont déjà partis loin devant, je ne prends pas de risque inconsidéré, j’ai tenu jusqu’au bout du séjour sans blessure ni chute majeure, ce n’est pas maintenant que cela va m’arriver. Toutefois, il est à noter ici comment le cerveau fonctionne. Entre le risque mesuré et l’occasion de la descente, on se dit que l’on ne reviendra pas ici de si tôt. Alors on a tendance à lâcher un peu plus que de raison les freins, histoire d’en profiter au maximum. J’ai beau donné tout ce que j’ai, les épaules souffrent, l’annulaire et l’auriculaire se crispent soudainement et se tétanisent. Tout comme les mollets qui commencent à chauffer fort à force d’amortir. N’ayant pas de pédale à cale, je perd régulièrement pied et doit poser mes fesses pour retrouver la pédale. Je suis essoufflé, beaucoup. C’est la première fois que cela m’arrive dans une descente. Je souffle comme un boeuf, transpire à grosses gouttes, je cherche de l’air mais il n’y en pas. Saine activité que l’Enduro, difficile en cet instant mais dieu que c’est bon. Le vélo descend à toute vitesse dans un vacarme assourdissant. C’est obligé il va partir en fumée dans une explosion à la Michael Bay. Je ne vois pas d’autre alternative. Et c’est long, mais long ! Partagé entre l’envie que cela ne cesse jamais et l’envie que tout s’arrête pour laisser se reposer la machine, le choix est dur. L’esprit est cornélien dans sa nature.

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Hervé aura toutefois pitié de nous et propose un arrêt. On se félicite, on nous taille (Max et moi) mais ne trainons guère car la journée est presque terminée. Le soleil commence à toucher la cime de la montagne d’en face. Un petit plateau légèrement vallonné sépare les deux parties de la descente et un kilomètre plus loin nous recommençons de plus bel. Même punition. Le tabassage est intense, l’amortisseur et la fourche sont au taquet. J’aperçois Fred à la sortie d’un virage qui prend des photos. Au dernier moment je comprends pourquoi. Ce cochon s’est mis dans l’intérieur du virage qui débouche sur une énorme marche. A le regarder, j’ai failli m’y engager sans réfléchir. Mais la marche est trop haute et je n’ai aucune vitesse, ayant freiner pour regarder Fred. Tant pis, je descends à pied et je repars aussitôt. J’ai hâte de continuer à me frotter à single. Je le dévale, sans réfléchir. Tout est brouillon dans ma tête et mon cortex préfrontal ne me sert plus à rien. Mes yeux sont comme reliés directement à mes muscles, tout est automatisme et pur réflexe. La fatigue ne se ressent plus, le corps ne renvoit plus de signaux fiables quant à son état. J’entends nettement Fred qui me rattrape alors je boost encore. Et enfin la libération arrive…

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Ainsi s’achève le single de St Martin du Froid que les participants de l’Epic ont fait de nuit ! Ces hommes sont fous. Je dois avouer avoir tout donner dans ce single. Le dépassement de soi est obligatoire pour en venir à bout, peu importe la vitesse à laquelle vous allez. Plus vous irez vite, plus il sera exigeant. Et c’est cela que l’on aime ! C’était épique, c’est le cas de le dire. Hervé a placé la barre très haute et il va se passer un long moment avant que l’on retrouve quelque chose d’au moins équivalent. On se félicite tous car aucune chute à déplorer. J’ai bien coincé ma roue à un moment donnée et sauté sur le côté de mon vélo mais rien de magique pour une OTB Team.

Nous descendons le brin de route pour se retrouver devant le bar de St Mons, le même que la veille ! Il fait bien les choses ce Hervé. Pour le retour nous allons emprunter la voie verte et ce jusqu’à St Pons des Thomières. Un retour direct en spad jusqu’au gîte. Soit. Nous partons tous et comme la veille, Loïc, Hervé et Fred partent devant. Mon genou me lance depuis le début de la journée et la dernière descente l’a complètement achevée. Il m’est impossible d’appuyer avec sur le pédalier. Je suis mal. Il reste à priori une douzaine de kilomètres jusqu’à St Pons et je ne peux plus pédaler que de la jambe droite. Alors je m’adapte et trouve un rythme de pédalage un peu particulier mais ça fait le job. Nous retraversons le pont de type Eiffel d’Olargues sous un soleil couchant.

A la Lucky Luke

Mon téléphone s’éteint, faute de batterie après cette grosse journée. Ce sera donc la dernière photo du parcours. Nous traversons très rapidement Olargues et je me fais distancer de plus bel. Max est avec moi. Nous nous arrêtons devant un panneau en bord de voie pour évaluer le trajet. Entre l’échelle indiquée et la distance évaluée il nous resterai bien ce qu’Hervé nous a annoncé, à savoir une bonne dizaine de kilomètres (pour une fois qu’il est précis..). Le chemin de croix s’annonce contenu. La douleur étant omniprésente, je me concentre sur le sol et pédale comme je peux. Je ne remarque pas que Max s’éloigne derrière moi. Il en va de même pour Fred que je croise, arrêté sur le bord de la voie. Je lui lance un « ça va ? », auquel il me répond par la négative. Mais, étant tellement concentré sur mon genou, je lui répond « moi aussi » et m’éloigne sans me rendre compte de rien. Ce n’est que ce que je suppose être quinze minutes plus tard que je m’aperçois que je suis seul. Loïc et Hervé devant, Max et Fred derrière (j’espère à ce moment qu’ils sont ensemble).

Cette voie verte est interminable et est de surcroit vallonnée. La moindre côte me fait atrocement souffrir et je me fais violence pour la grimper. J’avale tout de même les kilomètres sans jamais croiser un panneau ou une indication sur la localisation de St Pons. Le soleil se couche définitivement derrière la montagne. Pas de lumière sur le vélo ni dans le sac. Pas d’éclairage sur cette voie verte, ça commence à sentir le sapin. A chaque panneau je m’attends à voir marqué St Pons. Hélas seul des noms de hameau me sont annoncés dont j’ignore tout de leur emplacement : Julio, Saint Etienne d’Albagnan la Canarié, la Caminade… J’envisage alors deux choses n’ayant plus de téléphone : soit je fais demi-tour et je tente de rejoindre Max et Fred ou je continue jusqu’à St Pons. En y réfléchissant à deux fois (je n’ai que ça à faire, je pédale sans y croire), il se peut que Loïc ou Hervé soient déjà arrivés et aient déjà ramasser Fred et Max (je n’ai plus aucun repère temporel). Ou encore qu’ils aient décidés d’emprunter la route. Dans les deux cas, je ferai demi-tour pour rien et je serai baisé. Je décide donc de continuer. Je croise deux tunnels dont un non éclairé, c’est d’un lugubre le noir total. Je reste autant que possible au milieu de ce que je suppose être la voie en visant ce qui ressemble à la fin du tunnel. Il fait maintenant presque nuit et toujours pas l’ombre de St Pons. Le stress me fait pédaler de plus en plus vite, avec les deux jambes. Je retrouve un rythme soutenu. J’ai peur que d’ici une demi-heure, il fasse nuit noire et que la voie verte soit impraticable. J’en arrive même à douter que celle-ci aille jusqu’à St Pons. Je décide alors de sortir à Premian. Je retrouve facilement l’axe de route principal et m’arrête discuter avec le premier quidam. Celui-ci me confirme que je suis bien sur le bon chemin, c’est déjà ça. Et que si je pédale bien, il me reste moins de quinze minutes pour arriver. Super ! Je traverse Premian et remonte sur la voie verte, la route sans lumière n’est clairement pas une bonne idée.

Je reprends mon rythme de croisière. J’ai l’impression que les quinze minutes sont passées quatre fois et toujours aucune trace de St Pons. La moindre lumière au loin me redonne de l’espoir, mais le noir commence à vraiment être handicapant. Enfin un village ! Cela doit être St Pons ! Et bam : Riol. Bon là c’est chaud. La voie verte s’interrompt, je distingue à peine un panneau déviation. Je décide de sonner chez l’habitant et avec ma chance habituelle, je tombe sur un couple de (très) vieux retraités. Je les dérange pendant leur repas, mais ils voient bien que je panique un peu à l’idée de me retrouver dans le noir absolu (ne riez pas, c’est la situation qui me fait peur, pas le noir). La petit dame, bien gentille, m’annonce que j’y suis presque, moins d’un quart d’heure. Je les remercie chaleureusement (mais rapidement) et je me tâte à descendre sur la route. Mais en descendant plus bas, je retrouve la voie verte et m’y engage à nouveau. La douleur dans le genoux a complètement disparu ou je n’y fais simplement plus attention.  Purée Hervé quand on sera tous rentré je vais te bouffer tout cru. Au dernier moment je distingue a deux mètres devant une femme qui marche dans le noir (!) et manque de lui rentrer en plein dans le lard. Elle m’indique qu’il me reste un quart d’heure jusqu’à St Pons et que cela monte un peu. QUINZE MINUTES ENCORE ?! C’est quoi leur problème ici ?!?!? Cela fait une heure qu’il reste quinze minutes ! Mais enfin, au loin, je distingue une agglomération plus grande que les autres. Je débouche sur un parking non éclairé et m’arrête demander à un chauffeur routier en train de préparer sa couche mon chemin. Un peu hébété , il m’e dit que j’y suis déjà à St Pons ! Alléluia ! Me voilà arrivé. Sauf que…

A l’avenir, quand vous logez dans un endroit inconnu, évitez de rester les yeux rivés sur votre smartphone pendant que votre pote conduit… Je n’ai aucune foutu putin d’idée de comment retrouver le gîte depuis le centre ville ! Là, j’ai bien l’air d’un con. Je me fais jeter d’un premier restaurant (pizzeria) comme une merde, mais vraiment comme une merde. Bonjour l’hospitalité. La serveuse, déjà clairement dépassée par son service du soir, m’indique gentiment d’aller me faire foutre à la gendarmerie trois rues plus bas. Soit. Je tente ma chance dans un autre : Chez Michou (comme quoi ça ne s’invente pas !). La serveuse ou patronne me reçoit dans un état lamentable. Imaginez la scène : je viens de me coller soixante dix kilomètres de spad dans le pif sur une journée complète. Je n’ai plus d’eau, j’ai le genou gauche en vrac. J’ai dix kilos de paquetage, les gants, le casque, le vélo dehors qui pause sur la vitrine. Et de surcroit le resto est un peu chicos. Les gens me regardent bizarrement, mais la serveuse a été vraiment charmante. Elle me prête son téléphone perso et j’ai pu joindre ma femme pour qu’elle me donne le n° de téléphone de Loïc (le bordel). J’arrive à ‘avoir et là coup de théâtre : Loïc est DERRIERE moi ! Il me dit qu’il me rejoint sous les vingt secondes. Je remercie vivement ma bienfaitrice et quitte le restaurant. Effectivement, à peine ai-je passé le pas de porte que j’aperçois Loïc qui remonte l’avenue. Histoire de dingue. En gros il s’est foiré au niveau du parking à la sortie de la voie verte et à du faire un ou deux kilomètres dans la mauvaise direction. Nous progressons maitenant en direction du gîte et deuxième coup de théâtre : Qui qu’c’est-ty qu’est là ? Hervé, posé sur le bord de la route, OKLM, cent mètres plus loin du restaurant où je m’étais arrêté. Cela fait quinze minutes qu’il attend. J’aurai continué la route où j’étais et je tombais dessus direct. J’ai dû arrivé juste après lui sur St Pons… J’ai vraiment turbiné sur cette voie verte ! Ce n’est au final pas dix kilomètres, mais vingt-sept kilomètres et trois cents mètres de dénivelé sur une heure et demi qui auront été nécessaire pour la boucler ! N’importe quoi Hervé…

Nous rejoignons le gîte et, pendant que je prépare à manger, Loïc arrive à joindre Max. Il est bien avec Fred qui a bien eu un coup de mou (petite crise d’hypoglycémie). C’est à Premian qu’ils se sont arrêtés cinq minutes plus tôt, à côté du camion à pizza (classe !). Après être aller les récupérer, tout ce petit monde est parti chercher les voitures déposées le matin même. Une fois rentré, apéro no limit pour tout le monde ! La soirée est rempli de railleries envers les uns et les autres et le repas avalé en trois cuillères sur les Gardiens de la Galaxie (Hervé et Fred ne l’avait pas encore vu, les incultes). Nous ne veillerons pas longtemps malgré la volonté de prolonger la fête, la faute à cette journée riche en émotion.

4ème jour – Retour

C’est toujours avec un petit pincement au coeur (oui à chaque fois !) que l’on se lève en ce dimanche radieux. Nos affaires déjà presque prêtes de la veille sont vites jetées dans les voitures. Le gîte subit un dernier petit nettoyage et nous rendons les clés. Bien que nous soyons tous prêt à partir, nous nous attardons ensemble au milieu de la forêt à discuter, trouvant toujours un moyen de retarder l’inéluctable. Accolades, bises, serrages de paluche. Le moment de se séparer est maintenant arrivé. Chacun ayant plus ou moins de trajet pour rentrer (à part Loïc qui pourrai presque rentrer à pied). Le balais des voitures commence et nous avalons déjà des kilomètres de bitume.

Nous profitons avec Max d’esquiver le pont de Millau pour descendre en ville manger un brin. Puis nous passons devant la sortie de Massiac. L’idée d’aller à Vic sur Cère nous traversera même l’esprit mais n’est hélas pas réalisable. Dommage ! Nos corps de lâche se détendent pour de bon. C’est fou comment un siège de voiture peut être confortable. Arrivée chez Max, transfert du matos dans ma voiture, retraversé de Paris et enfin mon nid douillet, ma femme et mes enfants…

Avant de conclure je tiens tout de même à souligner le taux extrêmement faible de crevaison malgré le terrain hardcore (Loïc et sa crevaison surréelle et Hervé à la fin de Citou). Cela tient du miracle. Ainsi que du fait qu’il n’y a eu aucune casse (à part le câble de dérailleur de Loïc en fin de sortie mais on ne l’aime pas lui alors ça ne compte pas). Cela t’en bouche un coin Hervé, hein !

Mais Hervé, pour cet échantillon d’Epic que tu nous as offert sur un plateau, je ne te remercierai jamais assez. Effectivement la préparation physique pour en venir à bout est phénoménale. Je n’en reviens d’ailleurs toujours pas que tu ais réussi à le finir en entier ! Il me faudrait probablement plusieurs vies d’entrainements intensifs pour y arriver. Cette compétition me restera donc hors de portée à jamais… Merci à tous pour votre bonne humeur, pour vos vannes et votre soutien. Nan je déconne, vous avez été des chiens avec Max et moi. Mais je signe direct quand même pour notre prochaine session début été 2018. Max et Franck pas d’excuse, cette fois-ci on veut vous voir tous les deux en forme olympienne. Car Franck est notre grand absent de cette édition 2017. Dommage Franck, car on se serai bien moqué de toi (même si tu aurai fait aussi bien que nous j’en suis sûr). La prochaine fois, il faut que tu sois là ! Une sortie OTB Team sans Papy n’en n’est plus une…

Alors, à bientôt pour de nouvelles aventures avec l’OTB Team !

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