7 jours pour traverser le massif Vosgien à la sauce Enduro.

Néo-Alsacien depuis 2 ans et amoureux du massif Vosgien depuis toujours, traverser le massif du Nord au Sud en VTT d’enduro est un projet que j’ai fait mûrir depuis mon arrivée à Colmar. 2 ans à rouler régulièrement et explorer le massif un peu partout sur 1 ou 2 jours avec en tête de recoller les morceaux un jour.

Nous sommes au mois d’août et l’envie est venue soudainement, c’est la bonne période, il fait sec et toujours un peu au frais grâce à cette grande étendue de résineux qu’est le massif Vosgien.
Il m’a fallu un peu de temps pour préparer l’itinéraire aux petits oignons. Le plus important est de se connaître, de connaître le massif et ainsi savoir ce que l’on est capable de faire en une journée, sans se mettre en difficulté à la tombée de la nuit, car il faudra se laisser un peu de temps chaque soir pour trouver où dormir. Même si je me suis fixé 7 jours pour réaliser cette traversée, il y a quand même une part d’inconnu, où je serai précisément chaque soir en fonction des imprévus. Le concept, aucune réservation, chaque jour ça sera la débrouille.

Même si la GR5 est un classique pour beaucoup de randonneurs, je veux faire cette traversée en me faisant plaisir, emprunter quelques sentiers techniques et faire quelques découvertes. Une traversée à ma sauce, enduro-all mountain. Il faudra donc que je sois relativement léger, mais aussi autonome au cas où je me retrouve en pleine pampa, car même si nous sommes vite redescendu en plaine en cas de problème, il y existe de nombreuses régions ravitaillées par les corbeaux.

Me voilà prêt, le vélo fait 17 kg dont 3 kg d’équipement, hamac, sac de couchage, gourde, outillage de réparation. Le sac fait 8 kg avec 2 litres d’eau, un peu de quoi manger, et une tenue de rechange. Son poids pourra varier en fonction de la nourriture à prévoir et du linge propre à sécher.

Il ne va pas au boulo ce matin celui-là!!!

Jour 1, première frayeur.

Je prends le train depuis Rouffach direction Saverne. Les premiers coups de pédales sont durs, le vélo et le paquetage sont lourds. Il faudra s’y faire. Le relief dans la région de Saverne-Dabo n’est pas très relevé mais très fluctuant, nous avons vite fait de faire du dénivelé et ça n’a pas raté avec près de 2700 m de D+.

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C’est une région très verte et luxuriante avec une forte présence de l’eau, et de rochers remarquables (dont le rocher de Dabo) qui nous offrent de magnifiques panoramas. Grosse frayeur au bout de 3h de chemin, je glisse sur un rocher pour prendre une photo et me rattrape avec l’avant bras. J’ai l’avant bras en sang et ma pharmacie est déjà bien vide. Mon sac est un peu plus léger mais bon, rien de rassurant dans tout ça. Ce soir je dors au refuge du Schneeberg pour me mettre tout de suite dans le bain, avec la compagnie d’un rongeur qui aura grignoté les grilles de barbecue toute la nuit.

Pas d’EWS à Whistler pour moi mais c’est tout comme.

Saverne-Schneeberg 64 km 2694 m

Jour 2, le doute s’intensifie.

Mal dormi, mon ami le rongeur m’aura fait passer une nuit très anxieuse, de peur qu’il grignote mes gaines de freins. Le poids du sac a laissé des traces, j’ai mal partout, épaule droite, bas du dos irrité avec les frottements, sans oublier les fesses. Le soleil n’est pas de la partie et mon linge propre reste humide ce qui m’ alourdi un peu plus le sac. Sans oublier mon avant-bras qui me fait souffrir à chaque vibration, le manche courte est de rigueur pour laisser sécher la plaie, le peu de gens que je croise s’inquiètent d’ailleurs pour moi c’est pour dire si c’est visible. Aujourd’hui j’ajuste différemment le sac à dos.

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Malgré cela, le paysage est splendide et les sentiers sont un régal, l’équipement ne me gâche pas trop le plaisir même si il est un peu handicapant dans les portions techniques et qu’il demande un engagement à 200%. Je commence la journée par descendre le Schneeberg, au passage j’admire la splendide cascade du Nideck, puis la Porte de Pierre dans mon ascension au temple romain du Donon. Pour finir un sentier ludique à souhait pour redescendre en ville de Schirmeck et passer la nuit en auberge afin de bien récupérer de la veille, car je doute sérieusement tenir 7 jours.

Schneeberg-Schirmeck 51 km 1560 m

Jour 3, nouveau départ.

Je suis requinqué, comme neuf, les douleurs se sont estompées, mon linge d’avant hier soir est enfin sec, je reprends confiance.
De la route, du chemin large, du sentier mal entretenu où il faut porter le vélo. On sent que la présence de l’homme et du Club Vosgien est ici beaucoup moins marquée. Je n’ai d’ailleurs pas croisé grand monde aujourd’hui.

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C’est une journée très fatigante, le ciel est gris, rien de très motivant. Heureusement je termine la journée par l’Altenberg. Un domaine sur lequel je m’attarde un peu à prendre des photos des nombreux rochers, des bruyères en fleurs et des nombreux points de vue sur le Val de Villé et la vallée de Lièpvre. Arrivée en ville, toujours le même rituel, courses, douche, lessive avant de refaire 350 m de D+ pour dormir en refuge.

Schirmeck-Schaentzel 68 km 2700 m

Jour 4, S’adapter aux intempéries.

Après une bonne nuit à la belle étoile, je passe le massif du Taennchel avec ses nombreux rochers, connu pour ses énergies telluriques. Longue et ennuyeuse portion jusqu’au point de vue du Petit Brézouard. Je me restaure dans la vallée du Bonhomme avant de repartir pour l’ascension de La Tête des Faux par un beau sentier bordé de bruyères en fleurs, il vaut mieux le descendre d’ailleurs. J’arrive à la Tête des Faux et ses vestiges de la guerre 14-18. Le sommet est très escarpé, sa descente sera très engagée jusqu’à l’étang du Devin, la plus grosse prise de risque de la semaine. C’est en regagnant la crête que le ciel se couvre, j’ai déjà du retard pour regagner Munster ce soir, mais là je dois m’arrêter dans une ferme le temps que la pluie s’arrête. La pluie est intense et ne s’arrête pas, tant pis il faut continuer je ne peux pas rester là, au milieu de nul part. En chemin, un couple de marcheurs me donne l’adresse d’une auberge pour passer la nuit au Col du Calvaire, celui là porte bien son nom puisque je suis trempé de la tête au pied, j’ai laissé ma veste sur le cintre pour sauvegarder mon sac de couchage. Ca sera une nuit au chaud bien méritée.

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Schaentzel-Col du calvaire 42 km 2000 m

Jour 5, Les crêtes, un incontournable.

Après une nuit récupératrice, mes affaires bien séchées, je commence par un bon portage matinal afin de regagner le sentier des crêtes qui surplombe le Lac Blanc. Tant pis pour Munster, je resterais aujourd’hui sur les crêtes afin de rattraper le temps perdu. L’avantage ici, c’est que l’on peut se restaurer facilement dans les nombreuses fermes auberges et ainsi rouler plus léger. Ce n’est pas toujours ludique, parfois on roule, parfois on porte mais le paysage est magnifique tout du long, on surplombe les lacs, les vallées de Munster, de Kruth et du Florival.

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Aujourd’hui j’ai frôlé l’abandon. J’ai percé mon tubeless arrière, je découvre que ma pompe est hs et roule dangereusement avec une chambre à air sous gonflée. J’accélère le pas tout en roulant proprement pour éviter de pincer. Il faut que j’arrive à Cernay pas trop tard pour avoir une chance de gonfler correctement. Il faut aussi que je prévois quelques courses car demain c’est dimanche. Bref, c’est la panique. Il est 15h, j’ai bien roulé, on se fait l’ascension au Grand Ballon, point culminant du massif à 1424 m et plus beau point de vue. Maintenant c’est la descente en vallée de Cernay, ça sera vite réglé. Sauf que sans m’en apercevoir je viens de pincer ma chambre à air. Oh! oh! Je suis encore à 900 m d’altitude. Je colle 2 patchs qui me permettent de regonfler correctement, mais je sais que ça ne tiendra pas longtemps. Panique à bord. Je descends rapidement et d’une rare propreté. 4 km de route à fond les ballons auront suffit sans doute à chauffer ma chambre à air et me mettre sur la jante. Je traverse la ville et me fait remarqué avant d’arriver au magasin heureusement encore ouvert. C’est finalement avec une de mes mèches que nous avons réparé mon tubeless. J’en profite pour acheter pompe et chambres à air pour les 2 jours qui me reste. Cette fois ci plus rien ne peut me faire douter.

On ne se lasse jamais du paysage des crêtes.

Col du calvaire-Cernay 73 km 2000 m

Jour 6, le Ballon d’Alsace comme ultime trophée.

Encore une journée incontournable, beaucoup de GR5 empruntée de Thann au Col des Perches, avec le col du Hundsruck, le Thanner Hubel, le Belackerkopf. Cette partie du massif est une région avec beaucoup de lacs et cascades. Les alentours du Ballon d’Alsace sont très difficiles pour pratiquer le VTT car très abruptes et rocheux.

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Je suis très fatigué et mes trajectoires deviennent très hasardeuses, je prendrais le moins de risques possibles ici. Un dernier effort pour aller au sommet à 1247 m avant de prendre une nuit bien réconfortante en auberge au Grand Langenberg.

Ca sent la fin.

Cernay-Grand Langenberg 58 km 2600 m

Jour 7, comme une simple formalité.

Dernier jour et dernière grosse descente de toute beauté à travers sous bois, prairie et cascade en guise de récompense. Je suis exténué et impatient de rentrer. La GR532 entre Etueffont et Belfort n’est qu’une simple formalité. Il ne me faudra que 3 heures pour regagner la ville afin de prendre le train pour rentrer à Rouffach. De nouveau je dois me confronter aux réalités de la ville, la circulation sauvage, le bruit et bien sur, 3h d’attente en gare avant le prochain train. C’est à se demander si le vélo de montagne est plus dangereux ou non que le vélo de ville.

Contrat rempli, la montagne est déjà loin derrière moi.

Grand Langenberg-Belfort 35 km 850 m

<a href= »http://« >La traversée en vidéo

Un enduro pour faire du cyclo tourisme c’est possible.

Concilier itinérance et plaisir d’une pratique extrême en montagne c’est possible. Avec un vélo adapté et sans trop se charger. Il faut bien se limiter à ce qui est vital. Pouvoir se ravitailler au moins tous les 2 jours est aussi une facilité. Bien sur dans ce genre d’expérience il est difficile de prévoir et réserver un logement. Etre seul nous donne plus de liberté, de facilité et de chance à respecter l’itinéraire prévu. Le massif des Vosges est un massif qui nous facilite aussi la chose avec ses chemins balisés et nettoyés par le Club Vosgien, ses nombreux refuges, ses fermes auberges.

Le minimum vital!

Au final, c’est 390 km et 14400 m de D+ parcouru entre Saverne et Belfort, dont environ 5% de route, 50% de chemin large et 45% de sentier. 390 km qui m’ont offert de nombreux paysages à couper le souffle, des étendues de prairie en fleur, des étendues de résineux, animées par les rivières, les nombreux rus, lacs et cascades. Avec une importante part de sentiers empruntés, le massif des Vosges est un paradis pour évoluer en VTT qui s’adresse aux amoureux de verdure luxuriante et sauvage, à respecter pour perdurer…

La forêt est fragile.

RVagabond

Une réflexion au sujet de « 7 jours pour traverser le massif Vosgien à la sauce Enduro. »

  1. De loin la plus grosse sortie que j’ai jamais vu. Très très impressionnant.
    Seul, le moral doit tomber dans les chaussettes plus d’une fois, sans parler de l’aspect dangereux d’une telle pratique en solo. Mais chapeau bas ! Des décors magnifiques, des étoiles dans nos yeux.

    Que dire à part bravo !

    PS: Une petite pensée pour toi, je me suis également fait piégé par ma pompe. La croyant en bon état, on se retrouve comme un idiot avec un truc qui ne gonfle quasi rien au milieu de nul part. Moralité : bien tester TOUT son matos, surtout avant une sortie de brutasse…

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