Radon Epic Enduro (Partie 2). Récit d’un survivant.

Voici mon compte rendu au lendemain de cette course mythique, la course d’enduro VTT la plus difficile au monde. Dans mon article précédent je vous parlais de cette course comme un objectif et vous présentais ma préparation hivernale pour venir théoriquement à bout de cette course aux chiffres inimaginables, 4800 m de D+/D- sur 114 km et 10 spéciales chronométrées dont certaines qui durent jusqu’à 25 min (pour moi!!!).

Impossible de savoir à l’avance si c’est réalisable ou non, mes sorties habituelles sont de 2000 m de D+ sur 40km en 4h de pédalage, mon record est de 70 km et 2700m de D+ en 7h.

Une préparation physique qui rime avec rigueur.

4 mois de préparation, 3 séances en salle par semaine, un mois de janvier sans sorties VTT extérieures à cause de la neige, mais remplacées par des séances de home trainer, autrement dit 4 mois lors desquels je n’avais plus beaucoup de temps libre. Sans oublier 2 jours de reconnaissances sur les lieux de la course fin décembre. Des trajets maison-boulo histoire de rouler en semaine et de sortir les lampes. Très utile pour peaufiner la fixation des lampes qui seront malmenées sur la sp de St Martin.

Une sortie test 1 mois avant la course de 70 km et 3200m de D+ qui correspond statistiquement aux 2 premières boucles de la course, bonne nouvelle à ce stade je suis en état d’aller plus loin. Finir cette course est donc dans mes cordes, mais ça reste le doute car le terrain d’Olargues est bien plus éprouvant que celui des Vosges, même si j’ai effectué mes dernières sorties sur ce qu’il y a de plus caillouteux et rocheux ici, la vallée de la Wormsa.

15 jours de repos avant la course pour être à 100% de mes moyens le jour de la course. J’ai juste effectué une séance de musculation pour les triceps histoire de ne pas trop me ramollir avant la course et une séance de TRX pour le gainage, mais surtout plus d’exercices lourds comme les squats. Un traitement préventif à l’harpadol pour éviter le retour d’une ancienne tendinite au poplité. J’ai monté également 2 pneus neufs sur le vélo afin d’éviter de déchirer des pneus déjà usés et marqués. Un Maxxis High Roller 2 en 2,40 à l’avant dont la polyvalence et la fiabilité n’est plus à faire et un Maxxis Ardent 2,40 à l’arrière pour le rendement et le grip sur les pierres du sud. J’ai hésité à mettre une chaine neuve mais je me suis contenté de changer simplement l’attache rapide pour des soucis économiques.

Une organisation qui rime avec réflexion.

J’ai opté pour le camping, pour être libre le matin de la course, car je le rappelle le départ de la course est à 4h30 du matin!!! Et une course comme celle-ci se prépare 2h avant le départ. Je veux être libre pour la préparation de mon petit déjeuner, même si il faudra se lever un peu plus tôt pour ranger le campement.

PS: 4h30, il ne faudra pas oublier la lampe camping gaz.

Il a aussi fallu prévoir les congés, 8h de route après le travail, 2 jours tranquilles pour s’installer, récupérer du trajet, faire quelques reconnaissances mais pas trop. Et une journée de repos au lendemain de la course, avant de reprendre la route pour rentrer et reprendre le travail.

Mes derniers instants avant de quitter l’Alsace.

4 mois à n’avoir qu’une chose en tête, j’ai consacré ma dernière semaine à un repos total et une hygiène de vie irréprochable. Pas une goutte d’alcool, bien boire, manger des aliments sains, faire le plein de sucres lents, de protéines et d’anti oxydants. Couché tous les soirs de la semaine à 21h30 max pour emmagasiner le maximum de sommeil car pas certain de dormir correctement juste avant le départ. Chaque soir je me suis masser les jambes aux huiles d’arnica et de gaulthérie pour préparer les muscles et la gaulthérie (anti-inflammatoire) pour prévenir des tendinites. Je visionne quelques vidéos des spéciales, histoire de savoir à quoi m’attendre et sélectionner les passages à reconnaitre vendredi et samedi. Et bien sûr recharger les lampes pour les spéciales de nuit.

J’ai également pris le temps de préparer mon alimentation à l’avance pour gagner du temps sur place et me reposer. J’ai donc prévu des aliments qui se conservent, sains et variés. Des céréales pour le petit déjeuner, du thé pour les anti-oxydants, des noix, des fruits secs, des gâteaux secs aux céréales, pain d’épices, miel, jus de fruits, le plein de fruits, des sucres lents type pâtes, boulgour, des conserves de poissons, des oeufs pour les protéines le jour de la course.

Le départ des vagues est donné ainsi que les portes horaires qu’il faudra respecter pour ne pas être éliminé. Je vais donc pouvoir simuler sur papier en fonction de mes reconnaissances de décembre mes horaires de passage (je rappelle qu’en décembre j’avais pris soin de noter mes temps de liaisons et de spéciales). Ca sera une estimation car je n’ai pas pu tout reconnaitre, mais ça peut rassurer sur la faisabilité du parcours, et savoir en temps de course là où il faudra accélérer pour passer les portes. Je veux une organisation et une préparation impeccable pour éviter tout stress, et éviter les mauvaises surprises au moment de la course. C’est une course très difficile qui se joue avant tout dans la tête, c’est pour cela qu’il y a un travail préalable à fournir, pour garder un moral d’acier, il sera très important de savoir ce qui nous attend en temps réel.

Un parcours à déchiffrer.
Un parcours à déchiffrer.

Pour ma part dans la vague 2, départ à 4h30.
Estimation de ma course
Boucle 1
6h10 Départ SP1 Saint Martin du Froid
7h40 Départ SP2 La Mienne (non reconnue)
8h30 Arrivée au village pour la porte horaire de 9h45
Boucle 2
9h00 Départ village après 30 min de ravitaillement
10h15 Départ SP3 Crêtes XXL
11h30 Départ SP4 Mini Jurassic
11h35 Porte horaire intermédiaire (fixée à 11h45)
11h30 Départ SP5 Les Pins (non reconnue)
13h00 Départ SP6 Colombières (liaison estimée car non reconnue)
13h45 Arrivée village pour la porte horaire de 14h15
Boucle 3 (la fatigue va être à prendre en compte les temps de liaison élargis).
14h15 Départ village
16h15 Départ SP7 Montahut
16h45 Arrivée à la dernière porte horaire (fixée à 17h00)
17h15 Départ SP8 Jurassic (liaison estimée car non reconnue)
18h15 Départ SP9 Roc Traucat (liaison estimée car non reconnue)
18h45 Départ SP10 Urbaine et arrivée.

Ma stratégie

Il y a une inconnue qui me fait peur, c’est le temps d’attente au départ des spéciales, qui viendrait tout fausser. La porte 1 sera passée largement et sans difficultés, je serais à ce moment de la course (1600m de D+) au top de ma forme. Une avance précieuse qu’il faudra obtenir à tout prix pour la suite de la course et notamment s’assurer la porte intermédiaire 2 qui sera beaucoup plus juste niveau timing (c’est ici que se jouera la course). Il faudra attaquer dès la première liaison pour s’assurer de ne pas avoir trop de monde au départ de la spéciale 1 et éviter de perdre inutilement un temps précieux, éviter également d’avoir trop de monde à doubler dans la spéciale. Il faudra continuer de gratter des places dans les liaisons suivantes, chose aisée pour moi car je serai frais, les liaisons c’est ma force, surtout si il faut porter le vélo. Il y a 3 liaisons que je ne connais pas, et 7 spéciales que j’ai dû visionner sur internet. J’estime mes ravitaillement à 30 min, il faudra que je m’allège une fois la première boucle passée, que je dépose à la voiture les lampes et vêtements chauds. Pour gagner du temps, j’aimerai éviter le ravitaillement commun à tous les coureurs et effectuer mon ravitaillement personnel à ma voiture pour m’alimenter, faire un peu de mécanique et faire le plein du sac en eau et barres énergétiques. Après 2600m de D+, c’est là que mes performances vont devenir imprévisibles, j’estime la liaison pour Montahut un peu plus longue (2h) que pour St Martin même si celle-ci est quasiment identique, la fatigue va commencer à faire son effet, mais ça reste aléatoire.

Nous voici 3 jours avant la course. Pas spécialement stressé pour autant, je me sens prêt, et pour éviter de l’être, je me suis également gardé un peu de temps pour aller reconnaitre une nouvelle fois les passages dangereux que j’avais franchis à pied au mois de décembre.

Assez réfléchi, action!

Après 9h de route j’arrive au camping de Mons le vendredi à 2h30 du matin. Je ne traîne pas pour monter ma tente et gonfler mon matelas. Je fais une nuit correcte sans me lever trop tard pour éviter d’être décalé. Je prends un bon petit déjeuner et installe tranquillement mon campement. Prépare mon pic nique et mon itinéraire pour les reconnaissances de cet après midi. Aujourd’hui j’irai reconnaitre la sp « Crêtes XXL » car il y a de nombreux passages que je n’ai pas osé franchir en décembre dernier, puis la sp « Colombières » visionnée en vidéo. Une sp longue, 13 min, qui à l’air assez roulante mais avec de nombreux coups de cul dans les pierriers dont une section de 2 min de pédalage. Je souhaite la reconnaitre savoir si tout est réalisable en vélo et sur quel braquet ou bien faut il prévoir de porter le vélo. Un tour de vélo qui avoisinera les 1200 m de D+, sans forcer, on pourra récupérer sur la journée du samedi.

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Dès mon arrivée dans le village je repère le parking coureurs pour les ravitaillements. Aucune crainte à avoir, nous sommes tous au même endroit, à 300m de la porte horaire.

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En effectuant « les crêtes », je suis rassuré, des vététistes se trouvent à l’endroit le plus redouté, sans doute le passage le plus technique de l’épreuve. Ils sont 6 ou 7 et aucun n’ose s’élancer. Dans mon élan de confiance je reprends un peu d’élan, ils se tiennent prêts à me rattraper en cas de chute. Wahou!!! ça secoue, il faut être bien gainé sur le vélo et ça passe. En décembre il y avait 4, 5 passages que je n’avais pas osé passer, aujourd’hui j’arrive en bas de la sp en effectuant tout sur le vélo. Je suis dans une confiance optimale! Ravi, le Maxxis Ardent est le pneu qu’il fallait pour cette course, un grip phénoménal dans les épingles qui nous permet de repartir de plus belle en sortie.

Vidéo : Shimano Epic Enduro – Recos de la SP7 avec Greg Noce

 

En route pour « Colombières ». Un départ dans la pente très roulant, quelques sauts. La sp est entrecoupée de nombreux coups de cul, parfois surprenants qui t’empêchent d’anticiper le passage des vitesses. J’arrive à tout franchir sur le grand plateau et petit pignon (34-36). Il faut de bonnes cuisses… Il y a 2,3 passages dans les pierriers trop techniques pour moi que je franchis à pied, il y a un coup de cul un peu plus long que les autres qui m’oblige à courir avec le vélo dans la pente. Hum! ça brûle les cuisses. La fin de la sp surprend également, on enchaine des pif paf dans un sillon très engagé, tellement bon qu’on se prend facilement au jeu et on prend une vitesse phénoménale. Je manque un peu de force dans la dernière épingle et je fais buter ma roue avant dans le sillon, c’est l’otb. Je remonte sur le vélo, et la fin devient très technique, des épingles et rochers énormes à franchir, même si cela me vaut une nouvelle chute, c’est une très bonne sp. Je viens de prendre mon pied. Par contre les vidéos sont assez trompeuses, ce n’est pas si roulant que ça et c’est une sp très difficile. Je commence à croire qu’il n’y a pas une seule sp facile au cours de l’épic.

Ce soir on effectuera une bonne nuit, 22h-8h00.

Une préparation sereine jusqu’au bout.

Réveil en douceur, petit déjeuner tranquille. On prépare le pic nique pour éviter de revenir au camping. Au programme, reconnaissance de la partie basse de la sp « Montahut » qui était assez technique et en même temps impraticable en décembre car non nettoyée. Une sortie vélo de 300m de D+, insignifiante au niveau fatigue. On s’arrêtera là pour aujourd’hui.

Finalement rien de très difficile, la seule précaution est de ne pas aller trop vite si on ne veut pas arracher son dérailleur arrière, il y a beaucoup de rochers qui n’attendent que ça.

14h, retrait de sa plaque puis retour au camping. Je profite de l’absence des campeurs et du calme pour faire une sieste d’une heure.

16h30, le vent se lève sur Olargues, ce qui m’oblige à déplacer mon campement. Je perds une heure précieuse.  J’effectue les derniers préparatifs pour la course. Un check up complet du vélo, que tout soit bien vissé, convenablement serré car il va être bien secoué. Nettoyage de la transmission, pression des pneus (2 bars pour commencer car j’ai peur de pincer dans les pierres), quelques réglages sur les suspensions, fixation des lampes sur casque et vélo, pose des 5 sticks pour le marquage des différents composants du vélo. Préparation du sac à dos pour la première boucle, 2 L d’eau avec un peu de poudre (apportant glucides, vitamines, minéraux et anti-oxydants), 3 barres énergétiques et 1 barre protéinée faite maison. Côté outillage, je mets une chambre à air, un câble de dérailleur, ma trousse comportant clés allen, dérive chaine, 2 cartouches co2, 3 riselans, 2 attaches rapides pour la chaine, une patte dérailleur, des patchs pour réparer si malchance la chambre à air et 2 démontes pneu. Je prends le risque de ne pas prendre de pompe. Un kit de réparation tubeless inséré dans le cintre. Sans oublier une couverture de survie, un sifflet et téléphone obligatoires. Préparation des ravitaillements et organisation du coffre pour avoir tout sous la main. On se fait cuire des oeufs durs, des pâtes, du boulgour.

Après de nombreuses sorties test, j’ai opté pour le sac à dos plutôt que de rouler en chargeant l’équipement sur le vélo. Je préfère avoir un vélo plus léger qui sera plus facile à manier quand je serai fatigué. J’ai aussi opté pour le casque léger, sur une course aussi longue il n’est pas négligeable de mettre de côté l’intégral à 1 kg. De plus, avec la fatigue, le choc peut s’avérer beaucoup plus violent avec 1 kg sur la tête.

Finalement je suis au lit à 22h et impossible de dormir. Le vent est très violent sur la tente. Je dois m’endormir sur les coups de minuit.

Prêt pour une journée épique.

Réveil programmé à 2h du matin, soit environ 2h de sommeil. C’était prévisible. Une bonne douche bien tonique et un bon plat de pâtes 1h avant le départ de la course. 2 cafés pour l’effet de la caféine, un bol de céréales. On prendra les sucres rapides juste avant le départ.

Arrivée au village à 3h30 pour se préparer tranquillement, sans stress. L’accès au départ s’avère compliqué dans le noir complet, les organisateurs nous disent « pas par içi, par là bas!!! ». Résultat 10 min pour rejoindre le départ, on suit la foule et descend un talus. Nous n’aurons jamais trouvé les escaliers indiqués par l’organisation. Petite montée de stress. Nous sommes face aux 2 vagues de départ, et aucune vérification des vélos, dorsales et pointage des coureurs comme annoncés. Briefing inaudible. Et je prends le départ avec le doute d’avoir bien fait les choses.

J'espère n'avoir rien oublié...
J’espère n’avoir rien oublié…

J’utilise la lumière des autres coureurs, et applique ma stratégie d’attaquer dès la première ascension. Un départ à 4h30 du matin, dans la nuit illuminée par les lampes des 500 pilotes, la liaison est comme balisée par les lumières sur toute la montagne. C’est un moment magique à vivre. Exceptionnel!!!

On pédale, on pousse, on porte. Il fait nuit on ne se rend compte de rien. Je double beaucoup de pilotes, là haut nous sommes exposés au vent et il fait très froid. Le temps passe et finalement c’ est 2h de liaison qu’il faut pour arriver au départ de la sp1. Peut être que la foule de pilotes m’a entrainé dans un faux rythme. J’ai déjà 20 min de retard sur mon estimation.  Mais tout va bien, je me sens bien. Il y a du monde au départ mais les départs sont libres. Ca ne sert à rien d’attendre 15 secondes derrière le dernier partis, avec 500 pilotes, la sp sera forcément encombrée.

SP1 St Martin du Froid  28:03
Départ de nuit, de bonne allure mais sans se mettre dans le rouge, je rattrape mon premier concurrent au bout de 15 s. J’arrive dans les pierres tant attendues, et là mon masque ne tient pas avec les secousses, ça démarre bien. Je perds un peu de temps pour le remettre, mais tout va bien puisque personne ne me double. Déjà les premiers vélos sur le côté à cause de pépins mécaniques. Je me répète sans cesse les consignes, expire, lâche les freins, pompe un max dans les pierres, cool, no stress, je suis très concentré. Les dépassements s’enchaînent, je ne compterais pas combien jusqu’à l’arrivée, peut être 50, 70 pilotes, peut être plus, je n’ai jamais été seul pendant les 30 min de la spéciale. Je ne râle pas trop encore, dans l’ensemble les mecs sont cools sauf quelques exceptions auxquelles il faut dire 3, 4 fois pardon!! Je suis prudent dans les épingles, je pose le pied pour le moment et prends petit à petit confiance jusqu’à ma première chute au bout de 3 min de spéciale. Trop confiant maintenant! Régule! Dans la chute la lampe du casque me lâche, ça c’est très handicapant dans les virages puisque celle restante sur le cintre n’éclaire que ce qu’il y a devant le vélo. Ce n’est que le début, il me reste 25 min à tenir, là je panique, je roule avec la lumière des autres vélos heureusement ils sont nombreux, mais je prends des risques dans les dépassements, je me prends au jeu et enchaîne les dépassements intérieur, extérieur, je franchis des rochers, des sauts pour gratter des places, je ne vois rien mais ça passe, ce qui me rend euphorique. Je passe quelques bouchons qui m’obligent à poser le pied, rageant. Rien de vraiment difficile mais une quinzaine de mecs sont arrêtés pour descendre un mur rocheux, ils me cassent l’élan et les boules… Le jour se lève et me voici en bas de la spéciale. Un moment magique cette spéciale de nuit avec tous ces concurrents! Elle me faisait peur, ce fut une vraie partie de plaisir.

Je ne me suis jamais mis dans le rouge et le chrono est là pour le confirmer. Inévitable avec cette foule de pilotes. J’ai au moins la fierté de ne pas m’être fait doublé.

Je souffle 5 min et repars sans tarder, toujours de bonne allure dans la 2e liaison, j’ai encore pas mal de boulets à doubler.

Le soleil se lève dans la liaison 2, alors qu'on aperçoit encore les lumières qui descendent sur le versant d'en face.
Le soleil se lève dans la liaison 2, alors qu’on aperçoit encore les lumières qui descendent sur le versant d’en face.

SP2 La Mienne  10:49 (non reconnue)
Une spéciale non reconnue et roulante sur la vidéo. Je ne suis pas plus inquiet que ça au départ. Départ vite encombré dans le single, des épingles dans lesquelles je suis obligé de m’arrêter, je ne roule pas à mon rythme sur les 4 premières minutes. Je vais jusqu’à dire 4 fois pardon et les mecs ne se poussent pas… Une fois en tête je roule, je laisse descendre le vélo, je relance mais sans me mettre dans le rouge. Une sp très roulante, sans difficulté et c’est justement dans celle-ci que j’ai senti mes bras me lâcher un court instant jusqu’à ce que je me reprenne.

Jusque là, liaisons comprises, je ne me suis pas fait doublé, un indice pour me dire que je suis en bonne voie.

On souffle un peu et direction la première porte horaire à 8h40 avec plus d’une heure d’avance. Le temps de grignoter à la voiture, refaire le plein du sac en eau et barres, passer un coup de chiffon sur les fourreaux du vélo, déposer les lampes et le coupe vent. 9h00, on repart pour la 2e boucle, j’ai rattrapé mon retard et je suis pile poil dans mon estimation, une avance calculée et nécessaire pour la suite de la course. Jusqu’ici tout va bien, de 1600 m de D+ à 2600 je suis par expérience au top de ma forme. Je ne me pose pas de question sur la suite de la course,  ni sur la mécanique, le vélo ne bronche pas d’un poil, je peux compter sur lui. Je me concentre simplement sur la liaison et la spéciale suivantes. La liaison se dessine déjà dans ma tête, et c’est très important pour le moral, savoir à quoi s’attendre et pour combien de temps. 15 min à pousser le vélo dans les rochers, certains pédalent, ils se fatiguent et persistent, je vais même plus vite qu’eux. Je trouve leur stratégie douteuse.

SP3 Crêtes XXL  9:09
Première grosse difficulté, la spéciale la plus difficile techniquement, il faut du culot pour franchir certaines zones. Je me suis rassuré en reconnaissance et je sais que ça passe, il faudra faire la même. Je gère mon départ, je sais ce qui m’attend. J’arrive dans la fameuse zone difficile. Surprise!!! Une vingtaine de mecs jouent les spectateurs et me dégagent le chemin, cool! C’est toujours ric rac mais ça passe. 2e passage difficile, je m’apprête à m’engager lorsqu’un mec en contrebas se remet en selle, je suis fou de rage, j’étais à 2 doigts de l’otb dans les rochers. Je le double très rapidement et l’engueule au passage. La partie difficile est passée, maintenant on lâche les freins. Je reste tout de même timide, ma priorité est de finir la course. Je fais une seconde chute en fin de spéciale en m’écartant pour laisser passer un mec. Ca y est je me fais doubler, je suis dans le bon wagon, les boulets sont maintenant derrière moi.

SP4 Mini-Jurassic  3:17
Spéciale en sous bois, sol terreux. Je descends la pression des pneus à 1 bar 7, je reste prudent tout de même.

Très mauvaise perf, sans faire de faute, je ne prends aucun plaisir et je n’ai pas envie de rouler. Sans dépassement et sans se faire doubler.

Je ne perds pas de temps pour aller chercher la porte intermédiaire à 11h15. 30 min d’avance, je me permet une pause sur le bord du chemin, je mange, je bois. Je me ressaisi après cette sp peu motivante sachant qu’ un mur nous attend pour prendre le prochain départ. 15 min de portage, pointes de pieds vers le ciel!!! Si tu ne t’y attends pas, tu peux y laisser ton moral.

SP5 Le Pin 8:03 (non reconnue)
Même départ que la sp « Les pylônes » que j’avais reconnu. Beaucoup de devers, ce dont je ne raffole pas trop et ce qui me vaut un départ prudent. Puis arrive la seconde partie non reconnue. Pas de grosses difficultés pour le moment mais on sent cette spéciale monter crescendo dans la vitesse et la difficulté. Un sentier complètement défoncé en guise de final avec des rochers à enrouler. Le public nous attend en masse sur les abords du chemin, nous sommes roue dans roue avec plusieurs pilotes, les trajectoires sont toutes différentes, le public apprécie le spectacle. C’est chaud mais pas de chute. Belle sp et beau final, ma préférée pour le moment.

Maintenant le dénivelé accumulé va commencer à causer et on se prépare pour une longue liaison. Finalement tout va bien, du chemin large et roulant et toujours pour finir du portage dans un single en sous bois.

SP6 Colombières 15:24
Sp fraîchement reconnue, 2e étape après les « Crêtes xxl ». Elle m’a valu 2 chutes. Celle-ci va être dure. J’attends ses nombreuses relances de pieds fermes. Je prends 10 bonnes minutes avant de prendre le départ. Pour celle-ci je joue le jeu, je la fais à fond.

Je franchis beaucoup plus de pierriers qu’à la reco, par contre je monte les coups de cul sur le petit plateau, même si je double masse de mecs dans le pédalage, j’ai l’impression de me traîner et de n’avoir plus rien dans les cuisses. Un mec devant moi embrasse un arbre et j’en profite, le pauvre… Arrive la fin très engagée et physique, les mecs n’osent même plus franchir les marches et sauts en vélo, ils me laissent passer. On se tire la bourre avec le mec devant moi ce qui fait le plaisir du public. Content de ne pas avoir chuté dans celle là, comme quoi, la concentration ça a du bon. Je suis quand même à 4 min du meilleur temps, la loose.

Retour au village comme prévu à 13h45 pile poil, pour la porte horaire de 14h15.

Je ne me presse pas, cette pause est très importante, c’est la dernière avant d’attaquer la 3e et dernière boucle. J’ai à cet instant 80 km et 3300 m de D+ dans les jambes. Je n’ai d’ailleurs pas cette impression, tout va bien mais je prends les devants, et prends le temps de bien manger mes oeufs et mes pâtes ainsi que du sucre rapide. Je nettoie de nouveau les fourreaux du vélo et graisse la chaîne. Je me permet même pour la dernière boucle de descendre un peu plus la pression des pneus. Je prends mon temps, j’ai 30 min d’avance sur cette porte horaire, et j’ai 2h45 pour arriver à la dernière porte intermédiaire. J’ estime y arriver en 2h. Calme, on a de la marge!

Les premiers 400m de D+ sur la route se font « fingers in the nose ». On croise quelques mecs qui font la route en sens inverse. Sur le moment je ne comprends pas trop ce qui leur arrive. Quel intérêt de descendre 400 m de D- sur la route? En réalité ce sont des mecs à bout qui abandonnent. Quel gâchis d’arriver ici et de faire demi-tour. On attaque les 550 derniers m de D+ sur le chemin où on alterne poussage et portage de vélos. Les abandons sont de plus en plus nombreux. La cadence est moins rapide que ce matin mais je ne suis pas spécialement plus lent que les autres donc je ne me presse pas, on a de l’avance c’est fait pour ça. Etape finale, il faut porter le vélo en plein vent pour prendre le départ sur le sommet de Montahut. 150 m de D+. Même si je fais du sur place j’arrive en tête du peloton. Cette ascension me semble une éternité et nous sommes tous dans le même cas.

SP7 Montahut  20:54
Je suis sur la pointe de Montahut, le vent est violent, je ne traîne pas à prendre le départ. Je plains les 2 personnes de l’organisation sur place.

At the top of the world, wind in your face!
At the top of the world, wind in your face!

Je pars doucement, les rafales ont vite fait de me mettre sur le côté. Cette sp me dégoute, elle n’a aucun intérêt. Rien de technique, de ludique, juste un single jonché de pierres pour te secouer dans tous les sens. J’essaie quand même de la descendre rapidement, je fais attention dans les épingles jusqu’à une épingle invisible dans laquelle on monte sur des rochers pour faire l’extérieur et théoriquement (mais jusque là je ne vois pas la suite) plonger dans l’intérieur de l’épingle. Arrivée sur ce tas de rocher je découvre la suite qui ne me paraît pas si évidente, mauvais réflexe je décroche le pied droit (intérieur) pour le poser mais l’élan m’emporte vers le bas de l’épingle, je me coince le pied dans les rochers. Je comprends tout de suite que je viens de me faire une entorse à la cheville. Je ne peux plus poser le pied au sol, je n’ai plus d’appui sur le pied droit, c’est très douloureux. Je me remet en selle, sur le vélo ça va, je peux pédaler mais sans forcer. Première épingle à gauche, là ça coince. Je tire tout droit.Je n’ai pas la force de braquer le vélo, je pose le pied pour réorienter le vélo et c’est encore pire. Dans tous les cas il faut que j’arrive en bas. Je n’hésite pas à me mettre de côté pour laisser les rares mecs passer, dont un qui s’offre une belle boîte devant moi sur une épingle, décidément! J’arrive en bas dans la douleur, je roule pas trop mal sur certains passages pour quelqu’un qui a une entorse.

Meilleurs temps 13:45

Finalement j’ai eu tout le temps de réfléchir pendant la spéciale. C’est tout vu, je suis à 2 doigts de passer la dernière porte horaire, j’ai fait le plus dur, les 2 boucles et la dernière grosse liaison de 950m de D+. Je n’ai plus que 600m de D+ pour boucler l’épreuve, dans 2 km je passe la dernière porte et après je n’ai plus la pression du temps. Musculairement tout va bien, j’ai les jambes pour finir. La seule consigne, c’est de redoubler de vigilance, et d’anticiper que ma cheville ne me lâche pas dans les franchissements dangereux.

Dans la liaison je rate quelques balisages, difficile, il n’y a plus personnes à suivre, je suis seul, plus beaucoup de survivants après la fameuse liaison de Montahut. J’arrive à la dernière porte horaire de 17h00 persuadé d’être en avance. Je regarde l’heure, 17h03!!!! C’était moins une! J’ai mis 2h pour arriver au départ de Montahut, ce qui est plus que correcte. J’ai donc perdu du temps dans la spéciale et sur la liaison 8.

Finalement je ne traîne pas trop, j’ai peur que ma cheville refroidisse et devienne encore plus douloureuse. J’avoue avoir un regain d’énergie après la liaison de Montahut, enfin une liaison où l’on peut pédaler. C’est une course qui se joue au mental ça se confirme. 500 m de D+ englouties sans difficulté.

SP8 Jurassic 11:15 (non reconnue)
Aussitôt arrivé, aussitôt parti. Une sp qui peut peut être être agréable, mais pour moi ça a été un vrai calvaire. De la pente, du dévers à gauche très douloureux, des épingles à gauche dans lesquelles je tire tout droit. Je m’offre même une chute quasiment à l’arrêt dans le dévers sur ma cheville meurtrie. Ici j’ai laissé pas mal de mecs me doubler. C’est impossible pour moi, prouvé par le temps de référence qui est de 5:39. Cette fois le boulet c’est moi!

Une liaison intégralement en portage dans les rochers. Là je douille. 14 minutes qui me semblent une éternité.

SP9 Roc Traucat 4:38 (non reconnue)
Une sp dans laquelle j’ai moins de difficultés, c’est déjà plus roulant même si ça reste de la caillasse. Les quelques rochers à grimper me font poser pieds, impossible d’appuyer sur la pédale droite. Une sp sensiblement identique à la fin de la sp « Les Pylônes ».

Retour au village à vive allure sur une longue liaison de voie verte. Il me reste encore un peu de force, c’est dommage cette entorse m’a handicapé et va sans doute me plomber les 4 derniers chronos, mais je jubile à l’idée de retrouver le village et d’avoir accompli mon objectif fixé. J’arrive sur les ruines au sommet du village, je suis même d’humeur à plaisanter avec les organisateurs au départ de l’ultime sp. « Ils vont nous emmerder jusqu’au bout!! » en voyant les escaliers devant nous barrés par de la rubalise, nous obligeant une dernière fois à porter le vélo pour enjamber les ruines!!! Rigolo non?!

SP10 L’Urbaine 1:17
Une ultime sp rigolote dans les ruines et les ruelles pavées, plus grand monde pour nous supporter à cette heure (19h00).

Temps de référence 0:59

L’Epic, une course difficile?

Je regagne l’arrivée le sourire aux lèvres pour recevoir ma récompense, un stick doré collé sur ma plaque! En plus des marqueurs collés sur les différents composants du vélo qui vont aussi être un cadeau à enlever. Ce qui nous vaut encore une dernière plaisanterie.

Voici la bête de course qui m'a permis d'aller au bout de cette course extrême.
Voici la bête de course qui m’a permis d’aller au bout de cette course extrême.

Voilà! C’est fait. Une première et sans doute unique participation à cette course mythique de VTT Enduro achevée avec succès, vu les objectifs fixés. 14h30 de course dont 2 ravitaillements de 30 minutes. En forme, chaud! Mais pas fatigué… Il n’en faut tout même pas d’avantage si on veut rentrer entier. 87e (sans les VTTAE) sur 182 arrivants et 500 départs. Une place très honorable tant les objectifs n’étaient pas au classement. L’entorse m’a peut être amputé d’une dizaine de minutes et d’un top 70 mais aucun regret.

Je n’ai jamais vraiment forcé dans les spéciales, pour préserver ma condition physique et mon vélo. Toujours en zone aérobie, très peu en milieu anaérobie (voir article précédant), et les liaisons effectuées à ma cadence habituelle, modérément rapide et surtout sans pause pour éviter de perdre du temps. 5, 10 min au départ des sp étaient suffisantes. Dire si c’est une course difficile? Difficile à dire car je ne me suis jamais mis dans le rouge, et je dirais qu’il ne faut surtout pas s’y mettre dans une course aussi exigeante. Une fois dans le rouge, le corps qui réclame quelque chose c’est trop tard. Ici on accumule la fatigue, on ne la récupère jamais car le temps nous est compté. On nous laisse juste le temps d’uriner et de s’alimenter correctement aux portes horaires si on est bien organisé.

Une course très difficile sans doute! Vu les abandons et le temps pour la préparation physique que j’y ai consacré. La rigueur et l’organisation dont j’ai fait preuve a aussi été très certainement utile. La préparation du vélo qui m’a permis d’être serein tout au long de la course, aucun pépin mécanique. Les reconnaissances, la simulation papier de la course pour la concordance des temps et être préparé mentalement à ce qui m’attendait spéciale après spéciale. La préparation de mon alimentation pour le gain de temps et s’assurer que mon corps ne manque de rien alors que je m’ apprêtais à puiser dedans pendant plus de 14 heures non stop.

Des bras et un VTT enduro haut de gamme sinon rien!
Pour arriver en bas en vie ou conserver ses dents. Les nombreuses pierres nous font un peu plus fléchir les bras les unes après les autres. Le terrain d’Olargues est le plus exigeant que j’ai pu rencontrer, les spéciales ne sont pas une partie de plaisir, j’ai d’ailleurs rarement pris du plaisir à descendre tellement on est baladé dans tous les sens. Dites vous bien, que les vidéos sont très trompeuses, aucune spéciale n’est facile. Je suis d’ailleurs très fier d’avoir franchis toutes les difficultés sur le vélo. Je le dois sans doute à de très bon freins xtr et suspensions, même si ces dernières étaient mal réglées une bonne partie de la course. Fier également d’avoir pu compter sur mon physique, ma préparation hivernale a porté ses fruits sans aucun doute quand je compare ma descente de Saint Martin du Froid effectuée en décembre et ma prestation d’aujourd’hui. Cuisses et bras n’ont jamais flanchés.

Une très belle épreuve pour ceux qui aiment le goût de l’effort, et qui ont le temps de s’y préparer. Car oui! on ne va pas à l’épic comme on va à un enduro régional, les mains dans les poches pour rigoler, car descendre c’est fun!

Un départ nocturne groupé mémorable! J’ai également été séduis par l’esprit avec lequel la course a été organisé. Rien n’est laissé au hasard, tout est bon à prendre pour rendre la course encore plus difficile. Je pense au portage arrangé dans la liaison 10, au départ de la SP Mini-Jurassic sur un rocher, en équilibre sur le vélo épaulé à un arbre (merci Théo Galy!!!), à l’échappatoire balisée et barrée dans la SP Crêtes XXL… Ils ne nous épargnent rien et c’est ça qui est bon! L’Epic est une course destinée aux guerriers.

Mon secret, St Yorre rend moi fort!
Mon secret, St Yorre rend moi fort!

Même si le balisage dans les dernières liaisons n’étaient pas aussi simple à suivre, un grand merci et bravo à l’organisation et tous ses bénévoles qui ont préparé tout ces kilomètres de sentiers! Un séjour et une course rendus agréables par les locaux et commerçants très accueillants car c’est une course qui dynamise beaucoup la région. D’ailleurs prenez-y vous à l’avance pour réserver votre logement, certains participants dorment jusqu’à Béziers!

Rdv peut être l’année prochaine pour finir sur la même stratégie et cette fois-ci courir les spéciales à plus de 175 pulsations par minutes!!! Vous voyez j’ai déjà changé d’avis. Lolo, je te lance le challenge.

R Vagabond

Une réflexion au sujet de « Radon Epic Enduro (Partie 2). Récit d’un survivant. »

  1. Haha tu me crois assez malade pour me laisser embarquer avec toi dans ce calvaire?
    En tout cas bravo! En te voyant arriver le soir à la maison j’aurais pas dis que tu t’etais tapé 14h de vélo juste avant…
    T’es vraiment une machine quand tu t’y mets…Top 80 pour une première participation wohaaaaaa!

    Laisse moi réfléchir un peu et je te dis ça dans quelques mois.
    Tu préfères qu’on t’appelle T800 ou T1000?

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