Deux jours pour s’évader à Dabo

Nous sommes fin octobre et il fait toujours aussi beau, frais mais beau. Le terrain est d’ailleurs très sec, inhabituel en cette période de l’année. Profitons en !!! Toute la semaine Colmar est resté dans la brume, alors qu’en altitude tout était dégagé et ensoleillé. C’est l’occasion de s’évader.

Depuis pas mal de temps j’ai la trace gps du CET de Dabo, un endroit réputé pour sa beauté avec son fameux rocher. Sur iphigénie, aucune SP figure sur les sentiers, cette épreuve a eu lieu en début d’année, j’ai donc peur que les traces ne passent pas l’hiver, il ne faut plus attendre. Pas très loin, il y a un site hautement touristique, les cascades du Nideck, fermée toute l’année pour cause d’éboulement, le GR devait rouvrir début octobre. Après avoir attendu tout ce temps, c’est l’occasion de regrouper ces deux sorties, mêlant enduro et tourisme. Fichiers gpx et cartes ign en main, tout est prêt. Après quelques recherches je choisis de dormir sur place dans un refuge confortable offrant quelques services, le refuge du grand Tetras à Engenthal. Parfait pour aller dans le thème du week-end et se ressourcer. C’est visiblement le seul gîte à proposer ce genre de formule, dortoir, cuisine, douche, wc, feu. Les repas et petits déjeuners sont également proposés.

Samedi 31 octobre, départ pour Dabo.

Après 1h30 de route je gare la voiture dans Dabo, les spéciales sont autour du village. Le parcours commence d’un côté du village et se termine de l’autre. La stratégie veut que je laisse la voiture au centre, donc dans le village et que je fasse les liaisons en vélo. Ce qui me rajoute 500 m de dénivelé. L’épreuve fait 1140 m sur 37,4 km et comporte 6 spéciales. Quand on est seul il faut être courageux. Seb était tenté de venir, mais il se plaint du genou depuis notre sortie à Kruth.

Il est 9h, sur place on se prépare tranquillement, un café, un croissant avant de grimper sur le vélo. Je passe en contrebas du rocher, la SP 1 est derrière, je décide de grimper et de commencer par un peu de tourisme, tant pis pour le dénivelé. Je retourne en forêt, je me sens bien et j’adopte une bonne cadence, malgré la lampe dans le sac j’ai peur de rentrer de nuit. Très vite je suis admiratif du paysage, le parcours se fera de façon touristique. C’est aussi ça le VTT de montagne, enfin c’est ma vision de la chose. Ne pas avoir peur de faire quelques détours, porter le vélo si nécessaire pour découvrir des endroits difficilement accessibles, puis tout donner dans les descentes soigneusement sélectionnées pour leur technicité.

L’environnement

Altitude moyenne 700 m, un sol sableux, des forêts de résineux, beaucoup de rochers, d’ailleurs ils sont tous marqués par les transmissions des vélos. Les spéciales sont hors sentier à 80%, et sont shapées de très belle façon. A l’image de Giromagny, du all-mountain avec en prime des rochers à la pelle. Elles sont apparemment souvent empruntées, il suffit de suivre les traces. La critique pourrait être la faible pente des spéciales, mais la beauté du site nous le fait oublier, parfois on s’arrête même pour observer les rochers ou encore les nombreux points de vue sur le rocher de Dabo.

Le faible dénivelé a pour avantage de nous offrir énormément de liaisons en single. Quel régal!!! Le dénivelé se ressent beaucoup moins tellement le plaisir de rouler est là. Tout est réuni pour passer une excellente journée !

J’alterne les zones sombres et brumeuses avec les zones lumineuses et ensoleillées. Les Vosges ont vraiment un côté mystique, la brume, les rochers, les sources, les légendes…

Très vite on oublie les routes, la ville et tout le reste. La nature est reine ici, pas un bruit, je suis seul, alors que le paysage reste lumineux et ouvert. Le centre de cette sortie est le rocher de Dabo, et de temps à autre il fait son apparition au milieu de la végétation.

Une épreuve enduro sous le signe de la découverte, on passe à travers les rochers, notamment l’Himbeerfels, le Sickertkopf, le Geisterfelsen, le Falkenfels. Les points de vue du Sickertkopf et du Geisterfelsen nous oblige à prendre une pause pour admirer la vue.

16h en bas de la dernière spéciale, je suis dans les temps, j’appuie sur les pédales pour les 150m qui me séparent de la voiture. J’ai 1h pour regagner la voiture et monter au rocher pour admirer le coucher de soleil vers 17h. Bilan de la journée 51,1 km et 1966 m.

Coucher de soleil sur le massif vosgien

Je prends la route pour le Nideck avec en chemin le refuge du Grand Tetras. Sur place une douzaine d’allemands qui défoncent des caisses de bières, je sens que ça va ronfler dans le dortoir.

Le vagabond trouve toujours des amis sur sa route.
Le vagabond trouve toujours des amis sur sa route.

Ils préparent une fondue et les champignons qu’ils ont cueillis dans la journée. Une bande de potes entre 45 et 60 ans, tous le couteau à la ceinture. Aucun ne parle français, et je ne parle évidemment pas allemand. Vers 22h, au retour du resto dans Wangenbourg, une odeur de fromage fondu embaume le refuge, le feu nous donne l’impression d’être dans un four. L’un d’eux m’offre une bière, bizarrement sans parler allemand je le comprends. Une bière allemande de 50 cl après le resto! Outch! J’en peux plus mais ça ne se refuse pas.

Beaucoup parlent allemand-alsacien dans la région notamment les commerçants. On a l’impression de ne pas être chez soi, c’est dépaysant, tout ce qu’il me faut.

Dimanche 1er novembre, réveil au Grand Tétras.

Debout pour le petit déjeuner de 8h. « Tschuss!!! » mes amis d’un soir. Il fait froid mais la journée va être belle, sur la route j’aperçois déjà la mer de nuage. 9h30 au départ du Nideck, le GR commence par un mur ! Tant mieux, on va se réchauffer. J’arrive sur la cascade du Nideck et surprise, le GR est toujours fermé. Aucun travaux en perspective, les infos sur internet sont fausses, pour un site comme celui-ci c’est un scandale. Je ne me décourage pas, je passe la barrière et décide de descendre en portant le vélo.

De retour en haut je poursuis mon itinéraire. On attaque un single parfois aussi étroit que mon pneu, qui longe le précipice, quelques épingles. Très bon single pour commencer la journée. J’arrive à la voiture et je pars de l’autre côté de la route pour le rocher de Mutzig, là grosse ascension pour arriver à 1008m, soit 700m de positif. IGN m’indique un raccourci, j’emprunte ce qui ressemble à un chemin de débardage, par expérience je m’étais juré de ne plus les prendre, celui là est propre, je l’emprunte malgré moi. Au bout d’un km le chemin d’origine n’existe plus, n’ayant aucune envie de tout redescendre, je porte le vélo et j’emprunte ce qui s’apparente à un mur pour regagner le chemin carrossable plus haut. Paye tes cuisses, qu’est ce qui se passe dans ma tête des fois? Celui qui va me piquer mes traces gps sur strava va avoir une drôle de surprise… Plus loin un single pourtant balisé me fait saliver…

Vu comme ça ça donne envie...
Vu comme ça ça donne envie…

A ma grande surprise celui-ci devient très racineux, en dévers et humide, donc impraticable, parfois affaissé, puis avec de nombreux arbres en travers. Ce chemin n’existera plus l’année prochaine. Je peste seul avec mon vélo. P***** de forestiers!!!!! Je regagne de nouveau un chemin large avec beaucoup de randonneurs. Je ne suis plus très loin. Plein soleil, la vue est magnifique, la vallée et toute la plaine sont dans le brouillard, ce qui forme une mer de nuage. Sublime.

En haut du rocher un couple de vététistes me déconseillent le GR qui redescend, apparemment trop cassant. Ils me conseillent un autre chemin. En temps normal les gens qui me disent ça, je me dis chouette ça va me plaire, mais lui était du coin et avait un Giant en 180 à l’avant, bizarrement il a eu de l’influence sur moi. Le temps de grimper sur le vélo je laisse passer un touriste solitaire d’une cinquantaine d’année équipé d’un VTT XC. Je le sens mal. Je le trouve inconscient mais peut être que ça sera moi dans 20 ans. Il est 200m devant et je suis impatient d’attaquer la descente. 700 m de descente je jubile d’avance. Je m’élance lourdement tel un sanglier, les marcheurs m’entendent même arriver de loin et se mettent de côté. 100 m… Je l’observe, cet imposteur descend au pas pierre par pierre, il zigzague sur un chemin pourtant assez large. 50m… il part sur le côté gauche j’accélère pour le passer à droite. Puis tout arrive très vite, le chemin est jonché de pierres ce qui explique ma vitesse pour les franchir, j’ai surestimé sa vitesse je me fait surprendre car j’arrive plus vite que prévu sur lui, je n’ai pas le temps de le prévenir et engage comme prévu mon dépassement à droite c’est alors qu’il part vers la droite et me barre le chemin, pour éviter sa roue arrière je stoppe mon vélo violemment et bute sur une pierre, c’est l’otb. Au loin j’entends les marcheurs « Oh! il est tombé ». Pendant ce temps mon imposteur n’a rien calculé, il continue sa marche paisiblement. Alors que je suis à terre,  il me lance timidement « tu veux passer? » Trop tard… mais sinon, non je suis bien derrière toi papy ! Je crois qu’il est complétement obnubilé par les pierres qu’il cherche désespérément à éviter. Je me relève et ne peux rien dire, je ne lui ai pas annoncé mon arrivée. Enervé, je repars furieusement en annonçant haut et fort mon dépassement à gauche cette fois-ci, dans ma tête un grand désir de le pousser dans le vide.

Un peu plus bas j’arrive à la porte de pierre, c’est ici la bifurcation entre le GR et l’itinéraire conseillé.

La porte de pierre, la nature est incroyable!
La porte de pierre, la nature est incroyable!

J’hésite, je sors la carte, prends quelques photos. Mon ami vététiste arrive et s’engage en bon inconscient, à son allure, calmement mais sans hésitation vers le GR que l’on venait de me déconseiller. Pourquoi ça ne m’étonne même pas? Pour ma part, malgré la provocation de mon ami je fais preuve de sagesse en écoutant les conseils d’un tiers, 32 ans ça a du bon! Résultat, belle déception, 550m  de single linéaire et très roulant, Au passage quelques fautes d’appui et 2 grosses frayeurs tout de même.

IMG_1146
Encore un peu de jus pour une dernière boucle et admirer la cascade de Soulzbach.

J’arrive à la voiture avec la satisfaction d’un week-end grandiose et dépaysant comme je l’attendais. Bilan de cette deuxième journée, 41,5 km et 1869 m. On s’approche des 4000m en 2 jours, une bonne perf !

3 réflexions au sujet de « Deux jours pour s’évader à Dabo »

  1. D’après les retours de ses clients, Thomas (Athombike) m’a dit que Dabo était le plus bel enduro de la saison. Hier j’ai rencontré un sanglier au Vieil Armand, et je confirme, je suis bien descendu comme un sanglier au rocher de Mutzig!!! On les entend arriver les sangliers.

  2. Superbe sortie encore Hervé ! Tu nous vends du rêve là. J’ai plus qu’une chose en tête: repartir avec vous poncer des singles. Tes sorties en pleine immersions me donnent carrément envie. Dormir en refuge et tout, j’adore…
    Je me suis permis au passage de corriger deux trois trucs sur ton article (intégration YT et Strava, ainsi que les tailles des images et les liens correspondant. Sinon beau boulot, j’ai quasiment touché à rien d’autres !)

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