Barr Colmar GR5 – Quand on est inconscient il faut avoir des jambes…

Alors que le week-end dernier avait lieu le Cannondale Enduro Tour de Guebwiller, une région hautement réputée pour le vtt avec un départ au Grand Ballon, une sacrée affiche. J’ai aujourd’hui un arrière goût dans la bouche…

36 km, 1400m de dénivelé sur 5 spéciales, on ne sait pas trop quoi critiquer mais au final se ressent un sentiment de lassitude, du déjà vu, rien d’exceptionnel. Des spéciales peut-être un peu tirées sur les cheveux, des zig-zag sur des boulevards, on roule sur les abords histoire de couper la ligne droite, des tours d’arbres, des dévers bien casse-gueule, des abords pas nettoyés avec des souches coupées à 30 cm du sol bien camouflées par la végétation, ce qui m’aura valu une chute bien violente! Une pédale bloquée sur une souche cachée à vive allure et un bon front-flip. L’appel était bon mais l’atterrissage sur le dos. Ca fait un drôle d’effet un salto avant avec le vélo encore clipsé aux pieds. Résultat : une douleur insupportable aux orteils du pieds droit. Une douleur à la nuque (la même qu’après avoir mal dormi) et un poignet gauche de nouveau retourné. Et je fini les quatre spéciales comme ça… Ce n’est que le soir que je constate les dégâts sur le pieds, avec la peur d’enlever la chaussette et d’avoir un orteil cassé. Il ne sera que fort violacé et immobilisé, heureusement.

Pratiquer le MMA avec une souche : bad idea...
Pratiquer le MMA avec une souche : bad idea…

En dehors de cette chute, je reste déçu de cet enduro. Au fond de moi je me dis « Ouais… c est ça le vtt? Des km de montée pour descendre des boulevards, avec des pierres par-ci par-là ?! Des épingles, des racines, quelques pièges habilement dissimulés pour se faire mal?! Je ne sais pas si je me lasse, mais ce n’est pas terrible tout ça ». Du coup, dimanche repos forcé pour soigner les douleurs, on verra la suite.

Mon corps a bien su estomper les douleurs en une semaine. Ce matin, je me sens prêt pour une grande aventure. Et même si le temps est menaçant, j’ai le moral d un guerrier viking! C’est aujourd’hui ou jamais pour faire Barr Colmar en vtt ! Toujours dans l’objectif de préparer une traversée des Vosges, j’avais l’envie de faire Mont Sainte Odile-Ribeauvillé par le GR5. Le Mont Sainte Odile est réputé pour être le terrain de jeu de Clementz notre champion du monde, et la plus belle DH, pour ma part, se situe sans doute à Ribeauvillé. Le tout avec un peu de tourisme au Haut Koenigsbourg. Le problème c’est qu’il n’y a pas de gare à Ribeau pour rentrer. Nous allons donc devoir rajouter 15 km de vélo pour rentrer sur Colmar. Pour rendre l’itinéraire réalisable, on supprime le Mont Sainte Odile et on partira  de la gare de Barr, avec un transfert Colmar-Barr en train. Je pense que cet itinéraire va prendre une bonne journée, il va falloir partir de bonne heure. J’estime sans trop approfondir à 50 km avec 3 gros cols qui nous amènent à 1700m de d+. Mais attention, je sais que les 15 derniers km sans interets vont faire mal au moral.

Des trains adaptés !

6h levé ! Petit déj copieux. High Five dans le poche à eau, la lampe au cas où, des cartes, le gps et l’équipement de pluie car ils annoncent des averses. 8h05 départ de la gare de Colmar pour la gare de Selestat. 8H15 Selestat : 30mn d’attente pour le train de Strasbourg via Molsheim !!! J’arrive enfin à Barr à 9h15, contre 40mn normalement en voiture, c’est comme ça, on n’a pas le choix. Le périple commence enfin, je suis à 200m d’altitude. Je pars pour l’Ungersberg à 901m, mais en vérité je l’ignore et n’y pense même pas. Je sais juste que je débute par un col à gravir et que je dois suivre le rectangle rouge de la GR5. Dès la sortie de la gare je galère déjà à trouver le balisage. Je le trouve finalement dans le village d’Hunawhir, puis Andlau. Je sors enfin des villages qui puent la vinasse, et je pars fort. Ca rentre dans les bois et ça grimpe raide, ça calme. Mais ça commence aussi à être long, trèèèèès long. Et je pense à l’heure qui doit tourner. Et je n’en suis toujours qu’à ma première ascension ! Quand je pense que j’ai encore le HK qui m’attend après…

Montée du ungersberg
Le portage, obligatoire, sauf si t’es Chuck Norris…

J’arrive à 700m, il pleut, je suis sur un single parsemé de pierres et de racines mouillées pour arriver au sommet. Je pense à Lolo, il aimerait ça ce gros neuneu. Dommage que je sois dans le mauvais sens. Normalement j’ai la même de l’autre coté. J’ai la patate ! Je pousse le vélo au pas de course. Finalement c est une descente plus ludique, plus variée donc subtile,ce qui me ravie. Malgré le terrain mouillé et les racines, alors que je sors de blessure, j’ai de bonnes sensations sur ma première descente. Avec ce terrain mouillé, j’essaie d’être léger et de ne pas être brutal dans mon pilotage. Arrivé en bas, le sentier plat est plaisant et typé crosscountry. Quelques ruines de châteaux, le Bernstein, avec un single qui attire mon attention, mais j’ai suffisamment de pain sur la planche.

Paye ton panorama
Paye ton panorama

La GR est toujours un régal à rouler dans toutes les parties, descendantes, montantes et plates. Et aussi très touristique. Encore une ruine de château, l’Ortenbourg. Et là, c est l’extase ! Quelle descente!!! (DH racines dans Strava). Alors que j’arrive en bas avec un sourire jusqu’aux oreilles, un mec me regarde sans comprendre mon enthousiasme, je lui dis « c’était trop bon!!! » Celle-là est à mettre dans les annales (non Thibaut, pas de vanne…). Ce n’est pas tous les jours que je prends autant de plaisir sur un vélo ! Malgré les grosses racines mouillées j’ai descendu ça comme un demeuré, tout droit, sans freiner. Après ça, on se dit que le reste va être nul. Mais non. Je repars dans un single crosscountry ambiance jungle. On ne voit rien à part le tracé qui s’enfonce dans le feuillage. Arrivée dans Chatenois, charmant petit village étape. On attaque le deuxième col : l’ascension au HK. Il est midi, je pense à manger. Toujours aucun signe de fatigue. Dans le chemin à la sortie de Chatenois, je croise une jolie cavalière. Nous sommes face à face et son cheval refuse d’avancer depuis qu’il m’a vu 100m plus bas. Je m’arrête pour le rassurer et le caresser, une approche pour ensuite espérer caresser la cavalière. Je crois que c est la première fois de ma vie que je caresse un cheval. Histoire sans suite.

Baaaavvveeeeee...
Le cheval, c’est pas mal non plu pour se balader…

Au premier tiers à 400m, alors qu’il pleut, je m’arrête dans un refuge pour manger. Je repars 20mn plus tard alors que la pluie s’est arrêtée. Je longe la montagne des singes, et le seul singe dans les parages, c’est moi. A partir d’ici le chemin est inondé, la preuve que la pluie est bien tombée ici. J’avale la pente, je me fais même quelques petite épingles dans la côte. Je suis déjà au HK, je n’ai pas vu le temps passer, j’ai une de ces pêches !!! C’est sûrement l’effet High Five !

J’en profite pour prendre le café avec le point de vue sur la plaine. Le terrain du HK est très roulant, décevant. A noter un joli petit single légèrement descendant et très joueur en deuxième partie avant d’arriver sur Thannenkirch. Au passage j’ai bien cru qu’une nenette allait faire une crise cardiaque en me voyant derrière elle. Son mec, lui, m’avait vu arriver et rigolait. Ah ces femmes! Dans le village un crosseux fait le beau en me doublant énergiquement dans la côte, cet escroc sentait encore le parfum (Edit Thibaut : « ce GROS chacal sentait encore le parfum de chez Sephora… »).

Je suis à 479m, l’ascension aux trois châteaux de Ribeauvillé à 600m ne va être qu’une bouchée de pain. Maintenant arrive la récompense de la journée: ma descente préférée dans les environs. J’arrive à la descente du mur rocheux, en contre-bas, un couple de jeunes. Je m’arrête donc pour les épargner. Le garçon me dit que par ici ça va être compliqué. Je lui dit que cela se fait par temps sec, tous les deux sont épatés. Le mec se prend au jeu et me lance un défi, j’hésite car la roche est quand même glissante aujourd’hui. Finalement je me lance, c’est plus fort que moi. Ce n’est pas tous les jours que l’on a du public. Ma roue arrière se balade dans tous les sens mais elle suit, ouf c’est passé. Une chose assez drole en vélo et qui arrive souvent, quand tu croises un couple, en général le mec mate ton vélo pendant que toi tu mates sa meuf 🙂

Arrivée dans Ribeauvillé qui reste toujours aussi noir de monde. Maintenant ça va être la tâche déplaisante de la sortie pour rentrer. A partir de là, Strava me comptabilise 52km. Je dois suivre la trace de Compostelle qui est impossible à suivre dans les villages. Je galère. Hunawhir, Riquewhir, ce n’est pas du chemin carrossable mais de la route, je suis dégoûté… Mes jambes me lâchent, ou plutôt mon mental. Je me bats toujours pour suivre ce maudit balisage minuscule. La route est interminable, les plaines me sembles des montagnes. J’ai une quatre voies à traverser, mais impossible d’y échapper, je n’ai plus de jambes pour un nouveau détour. Je suis une piste cyclable et d’un coup elle disparait ou alors il faut changer de trottoir. Les villes ne sont vraiment pas adaptées aux vélos. Après finalement 34 km depuis Ribeauvillé je suis arrivé et je n’ai plus de jambes. Maudite gare !

PS: 86,6 km et 2630 m, je me suis bien planté dans mon estimation!

Ca m’a donné une idée pour une future traversée : refaire la route des vins en vtt sur une journée, boire un coup à chaque village et voir comment se finit la dernière descente. Soit Ribeauvillé, Mittelbergheim, Andlau, Riquewihr, Kayserberg, Ammerschwihr, Niedermorschwihr, Turckheim. Entre chaque village il y a une plaine à passer. Ca peut être marrant. Une sorte de petit break lors de notre traversée…

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